Veillée mortuaire : Quand le bal des hypocrites anime la galerie
Lors des décès la famille, le voisinage, les amis et les inconnus apportent du réconfort à ceux qui sont éplorés. Cela se manifeste par leur présence massive au lieu choisi pour veiller tous les soirs en attendant la sortie de la dépouille. Une tradition pour le peuple Bantou auquel nous appartenons. Le jour de l’exposition de la dépouille mortuaire que nous appelons vulgairement corps, les gens accourent à la veillée mortuaire en se donnant en spectacle. Ils simulent une grande tristesse avec leurs voix larmoyantes, leurs pleures et des anecdotes du défunt.
Face à l’épreuve la plus fatidique de la vie de l’Homme « la mort », nous faisons preuve d’élan de compassion. Une compassion qui se manifeste par des condoléances comme partout ailleurs, mais surtout par la forte présence à nos côtés des plus proches et même des personnes avec qui nous entretenons des relations tumultueuses. Cette proximité éphémère relève de nos uses et coutumes.
A la veillée mortuaire, le lieu choisi pour pleurer le disparu est bondé de monde. Ces gens viennent pleurer le défunt. Le plus grand nombre manifeste leur émotion avec un brin d’hypocrisie. Nous pouvons entendre des anecdotes des plus élogieuses sur celui qui leur a précédé : « Avouons-le, le frère qui est présentement allongé entre quatre planches était plus brillant que nous a l’école ; Il était doté d’une gentillesse incomparable ; Son amour pour son prochain était à la hauteur de sa foi en Dieu ; … ». Celui qui a quitté le monde des vivants a soudainement des qualités qui sont comparables à celles des esprits les plus Saints.
Dans la salle où se retrouve la dépouille, les femmes assises autour du cercueil pleurent de toutes les larmes de leur corps. Elles se présentent fréquemment à ce type d’évènement des heures après l’arrivée de la dépouille. Des chants en langue vernaculaire accompagnés des cris frissonnants qu’elles émettent plongeant l’assistance dans une vaste émotion. Une émotion qui touche la sensibilité des cœurs les plus ardues. On peut voir des hommes sortir de la salle pour faire couler les larmes dans un endroit caché. Ces femmes pleurent sans répit tout au long de la nuit. Elles dégagent une énergie, qui est le fruit des litres de bières qu’elles ont ingurgité avant de se rendre à la veillée.
Ce spectacle qui est digne des plus grands scenarios comiques des films hollywoodien, devient une norme dans la société gabonaise. Les personnes qui en deviennent des pro ne doivent pas se vanter. Car, l’adage populaire, qui dit « Chacun à son tour chez le coiffeur » est un bel enseignement.
D.M






