Une jeunesse prise au piège de l’alcool
Sur les tables, les bouteilles vident restent comme pour lancer un défis aux autres clients.
Le goût de l’alcool semble avoir emprisonné une grande partie de la jeunesse au Gabon. Dans les débits de boisson, l’âge des meilleurs clients varie entre 15 et 25 ans. Aujourd’hui, la consommation d’alcool apparaît comme le premier divertissement des jeunes.
La présence de jeunes dans les débits de boissons est très fréquente. Chaque jour, à partir de 10 heures du matin jusque tard dans la nuit, ils boivent : « Nous consommons pour passer le temps avec des amis », dit Eric, « pour échapper à l’ennui qui nait de l’uniformité, rire de nos histoires et de nos conditions », renchérit-il. Et d’autres affirment : « nous consommons pour faire plaisir à des amis, pour s’évader du monde réel ». Quel que soit la raison ou le mode de consommation, pour faire la fête avec les copains, se lancer des défis pour s’affirmer, ou consommer dans la solitude, le résultat est toujours critique. Nous assistons soit à une dépendance d’alcool, ou une délinquance juvénile élevée, soit à des accidents de circulation.
A Libreville l’appétit des jeunes pour l’alcool ne date pas d’aujourd’hui. C’est un phénomène intemporel qui s’actualise à chaque époque dans une diversité de conduites individuelles et collectives, et se présente comme un fait sociétal. Ce fait remarquable a augmenté à une vitesse exponentielle dans la société gabonaise. Ainsi, le Gabon s’est vu décerner la première place dans la consommation en litre d’alcool, par an et par habitant de plus de 15ans des pays africains en 2017 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Pourtant, depuis le 4 décembre 2009, un ensemble de mesures restrictives visant à juguler la montée de l’alcoolisme et de la délinquance juvénile avait été mis en place. Ainsi, le Conseil des ministres avait décidé de « l’interdiction d’accès aux enfants de moins de 16ans dans des débits de boissons et l’interdiction de se trouver dans un lieu public à partir de 22heure. Ainsi que la fermeture des bars à 22heures ». Mais ces mesures n’ont pas fait long feu dans leur application. De plus, en 2015, Linda Bongo Ondimba, juge au tribunal de première instance de Libreville avait proposé lors de la caravane de sensibilisation sur les méfaits des drogues, une mise en place d’un centre de désintoxication qui malheureusement n’a jamais vu le jour.
Si l’alcool est souvent synonyme de plaisir et de sociabilité, son usage peut avoir des conséquences désastreuses. L’addiction des jeunes à l’alcool peut se traduire par un besoin de réassurance identitaire et d’intégration par l’appartenance d’un groupe quelconque. Elle est fonction des vulnérabilités individuelles, mais aussi de l’image sociale des boissons alcoolisées et des incertitudes auxquelles les adolescents sont confrontés concernant leur avenir. En outre, les jeunes face à la problématique (alcool), sont eux-mêmes des victimes directes par leurs propres consommation.
Naty Abogho






