Quand une tribune redonne espoir : le témoignage bouleversant du Dr Alphonse Louma Eyougha
Présentée comme une réaction à la tribune de l’ancien sénateur Michel Ongoundou Loundah consacrée aux addictions et à la santé mentale au Gabon, le texte du Dr Alphonse Louma Eyougha, publié ce jeudi 06 août 2026 et disponible sur la plateforme « operanews », ne se contente pas d’exposer des idées. Il livre un témoignage profondément humain. Celui d’un praticien engagé qui, après plus de trente années de combat contre les addictions, avoue avoir retrouvé l’espérance grâce à quelques pages.
Dès les premières lignes, le lecteur est saisi par une confession d’une grande sincérité : « Cette tribune m’a profondément touché. Elle est arrivée à un moment où je commençais à me demander si je ne prêchais pas dans le désert. » En une phrase, tout est dit. Derrière le pharmacien addictologue reconnu apparaît un homme parfois gagné par le doute, usé par des décennies d’efforts, mais jamais résigné.
C’est sans doute la plus grande force de ce texte : il ne cherche ni à se mettre en scène ni à distribuer les responsabilités. Il raconte simplement la réalité quotidienne d’un praticien confronté à la souffrance humaine. Une réalité faite de parents qui arrivent en larmes, d’adolescents dont l’avenir semble compromis, de familles démunies face à une maladie encore trop souvent incomprise.
Parmi les passages les plus bouleversants figurent ces quelques mots : « Des mères en larmes, consumées par la culpabilité et l’impuissance. Des pères désespérés me demandant simplement : "Docteur, sauvez mon enfant..." » Peu de statistiques pourraient traduire avec autant de force la violence silencieuse des addictions.
Au fil de sa lecture, le texte révèle également un parcours personnel remarquable. Beaucoup ignorent que le Dr Louma n’a pas seulement mené pendant des décennies des campagnes de prévention au sein de l’association Agir pour le Gabon.
Constatant les limites de la seule sensibilisation, il a choisi de reprendre ses études afin de se spécialiser en addictologie, avant de créer, sur ses propres ressources, la clinique Alia et Zeida, aujourd’hui unique établissement spécialisé dans la prise en charge des addictions au Gabon.
Cette trajectoire donne une résonance particulière à son analyse. Lorsqu’il affirme que « l’addiction n’est pas une faute morale. C’est une maladie », il ne formule pas une opinion. Il parle au nom de plusieurs décennies de terrain, de milliers de consultations et de centaines de vies accompagnées.
L’un des mérites de cette tribune est aussi de déplacer le regard. Pendant longtemps, explique-t-il, le débat public s’est concentré sur la répression. Or, rappelle-t-il avec beaucoup de pédagogie, « la personne dépendante n’est pas un délinquant à punir. C’est un malade à soigner. » Une phrase simple, mais qui résume à elle seule l’évolution profonde que le Gabon devra probablement engager s’il veut répondre durablement à cette crise.
L’autre moment fort du texte concerne la solidarité nationale. Sans jamais céder à la polémique, le Dr Louma pose une question qui interpelle chacun : pourquoi la collectivité prendrait-elle en charge certaines maladies chroniques et pas les addictions, alors qu’il s’agit, dans les deux cas, de pathologies reconnues nécessitant des soins spécialisés ?
Cette interrogation, formulée avec beaucoup de retenue, ouvre un débat de fond sur la place de l’addictologie dans les politiques publiques de santé.
Mais ce qui frappe peut-être le plus est l’absence totale d’amertume. Malgré les rendez-vous sans lendemain, malgré les familles contraintes de renoncer aux soins faute de moyens, malgré les années de combat souvent solitaire, le Dr Louma ne règle aucun compte. Il choisit l’espérance. Il voit dans la tribune de Michel Ongoundou Loundah le signe qu’une prise de conscience collective est peut-être en train de naître
.
En réalité, cette contribution raconte bien davantage que l’histoire d’un praticien. Elle raconte celle d’un homme qui refuse d’abandonner, convaincu que chaque patient sauvé, chaque famille accompagnée et chaque conscience éveillée justifient la poursuite du combat.
À l’heure où les addictions et les troubles de la santé mentale progressent silencieusement dans de nombreuses sociétés, ce témoignage rappelle une évidence trop souvent oubliée : derrière chaque personne dépendante, il y a un visage, une famille, une histoire, une espérance. Et derrière ce combat, il y a aussi des femmes et des hommes qui, comme le Dr Alphonse Louma Eyougha, ont choisi depuis plus de trente ans de consacrer leur vie à ceux que beaucoup préfèrent ne pas voir.
Son texte est un hommage à la dignité humaine. Il est aussi un appel à la responsabilité collective. Un appel qu’il serait difficile d’ignorer.
RDB






