Opération libérer les trottoirs : Un éternel recommencement

24 août 20210
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Depuis plusieurs semaines un certain nombre de commerçants de la capitale vivent un calvaire, il s’agit précisément de ceux qui exercent une activité commerciale sur les trottoirs. Ces derniers ont donc été déguerpis de ces lieux publics, dit-on pour permettre une circulation fluide dans les routes déjà restreintes de Libreville. Depuis lors, nous assistons à des scènes dignes de cache-cache, entre agents de forces de l’ordre et commerçantes.

On peut donc observer dans de nombreux carrefours des agents traquer tous ceux qui utilisent les trottoirs à des fins commerciales, ramassant et arrachant de force toute sorte de marchandise à leur passage. Un jeune vendeur interrogé sur le sujet, exprimait son désarroi devant ce spectacle désolant, en précisant que cette vaste opération de déguerpissement leur est brutalement tombée dessus et qu’avec l’ensemble de ses collègues ils tentaient encore de se remettre de leurs émotions. Pour cause, plusieurs d’entre eux ont perdu la totalité de leur fonds de commerce et se demandent bien comment remonter la pente.

Il ne s’agit pas de fustiger l’action menée par les autorités pour faciliter la circulation dans la ville, c’est plutôt la méthode adoptée qui laisse stupéfait et suscite plusieurs interrogations. La brutalité avec laquelle s’effectue cette opération consterne plus d’un, à tel enseigne que les agents en charge de ce déguerpissement se font huer en plein travail par les populations spectatrices impuissantes de ces actions. Dans cette affaire, on a l’impression d’assister à une traque lancée contre des bandits de grand chemin, or il ne s’agit ici que des marchands qui ne demandent qu’un espace approprié pour écouler leurs produits.

C’est bien là que se pose la question qui revient toujours dans les conversations. A-t-on au Gabon, et particulièrement à Libreville un marché, un grand espace commercial où la quasi-totalité des commerçants viendraient liquider leur marchandise sans être confronté à des contrôles abusifs de la part des agents qui parfois sont difficilement identifiables. Cette question depuis plusieurs années reste donc itérative et sans une réponse affirmative, si ce n’est un non qui dans la bouche des librevillois n’est précédé d’aucun balbutiement.

Une habituée du marché Mont-Bouet, interrogée sur la question formule sa réponse en ces termes : le plus grand marché de Libreville ne l’est que de nom, car il n’a aucune véritable compartimentation, au sein même de celui-ci, il est difficile de se retrouver et par conséquent de circuler. A l’exception de quelques produits que l’on peut facilement localiser, le reste se repère au bout d’une gymnastique drastique.

Ces propos ne justifient nullement l’envahissement des trottoirs, mais ils mettent en lumière une situation qui perdure depuis de nombreuses années. En effet, les opérations de déguerpissement se font depuis plusieurs années déjà. Le scénario est récurrent et s’inscrit alors dans un éternel recommencement. Car les multiples actions menées depuis des décennies par les autorités en vue de l’aménagement des trottoirs et d’une amélioration de la circulation restent quasiment inefficaces. L’on assiste généralement à un retour à la case départ. En fait, quelques mois après leur déguerpissement, les vendeurs finissent toujours par se redéployer sur ces espaces publics.

La solution se trouve-t-elle véritablement dans cette traque où à chaque opération agents de forces l’ordre et commerçant jouent au chat et à la souris ? Ne peut-on jamais arriver à des résultats concrets plutôt qu’à la saisie de marchandises, quand on sait que pour plusieurs vendeurs, celles-ci demeurent généralement la seule source de revenue.

Aussi faudrait-il préciser que dans l’ensemble de ces occupants de trottoirs nombreux sont des pères et des mères de familles, comprenons donc le stresse qu’ils vivent quand les produits qu’ils vendent sont saisis, ou quand ils ne parviennent plus à les écouler. Au regard de la récurrence de ces scènes de déguerpissement l’on vient à se demander à quel degré la question relative à l’aménagement des trottoirs est étudiée ? si cette dernière fait l’objet d’une analyse et d’un examen approfondis, comment expliquer le fait que depuis des décennies l’on revienne toujours sur les mêmes problèmes ?

Pour des résultats satisfaisants il est impératif que les autorités chargées de cette question considèrent l’ampleur de cette situation, pour que les résolutions prises conduisent inévitablement à un progrès dans l’agencement des trottoirs puis la création et la réfection des espaces publics. Aussi ces résolutions doivent prendre en compte la construction et le réaménagement des marché pour éradiquer définitivement le phénomène des vendeurs ambulant qui d’un coin à l’autre de la capital élisent domicile sur le moindre espace inoccupé.

Christopher MB

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