DROITS DES ENFANTS/Libreville et ses jeunes esclaves...

20 septembre 20180
Partager
A Libreville, parfois de faux aveugles maintiennent en captivité, des enfants achetés depuis leur pays d’origine.

A Libreville, parfois de faux aveugles maintiennent en captivité, des enfants achetés depuis leur pays d’origine.

Prohibée au Gabon, la traite des enfants semble avoir trouvé une forme d’expression moins flagrante. Dans la capitale, des jeunes que l’on fait passer pour des mendiants, sont contraints à l’esclavage.

Midi. Les puissants rayons solaires frappent sur toute la ville. Ce début de la saison des grandes pluies n’est pas très différents des autres. L’habituelle vague de chaleur fait déjà presser le pas des passants. Parmi eux, ici au rond-point du carrefour Gigi du quartier Avorbam, dans la commune d’Akanda, un étrange couple va d’une boutique à l’autre. Un homme et une femme, « aveugles », sont guidés par deux fillettes. Un bâton à une main, l’autre est posée sur l’une des épaules de chaque enfant. D’un commerçant à l’autre, ils mendient chez les petits vendeurs. Les boutiquiers leur offre ce qu’ils peuvent, puis ils repartent. Approchées, les filles n’ont pas le droit de nous répondre. Le stress est visible sur leur visage. Elles ne peuvent même pas dire leur nom. L’homme serra fermement l’épaule de la plus grande lorsque nous insistions en vain avec nos questions. Forcées à la mendicité, elles poursuivent la route en guidant leurs maîtres.

Près du nouvel hôpital Jeanne Ebori de Libreville, chaque jour, ces deux enfants se rapprochent des véhicules en tendant une petite assiette vide, sous le regard de la dame assise au sol.

Au sein de la population, la scène de l’enfant conduisant un aveugle fait partie du quotidien. Depuis des décennies, le phénomène phagocyte l’avenir de ces jeunes. Les « enfants esclaves » ne vont jamais à l’école. Leur destin est fixé à celui de ces aveugles longtemps soupçonnés d’imposture. Provenant d’Afrique de l’Ouest pour la plupart, le trafic des enfants est élevé dans leur pays. Ces mendiants qui parcourent des kilomètres à pieds, entraînent avec eux, ces jeunes dont on ignore tout. D’autres enfants, surtout des filles, sont forcées à exercer dans le domaine du commerce. Certaines traversent plusieurs quartiers à pieds, avec sur la tête, une cuvette contenant soit de l’arachide grillée, des bananes ou d’autres produits comestibles.

Des enfants non scolarisés sont contraints de guider des aveugles durant leur mendicité quotidienne.

Silence coupable. Sous le défunt président Omar Bongo Ondimba, les mesures prises pour freiner l’esclavage des enfants dévoilèrent vite leur inefficacité. Si le phénomène se fit rare le temps que les policiers cessent les arrestations des trafiquants, il ne tarda pas à refaire surface. A ce jour, plus personne ne s’y intéressent. Lors de la récente célébration en différée de la journée internationale de la jeunesse à Libreville, aucun mot n’avait été prononcé sur ces enfants maltraités. Le fait semble être devenu normal. Pourtant présents lors des cérémonies solennelles au Palais présidentiel, les chefs des confessions religieuses ne semblent pas non plus s’inquiéter de la vie de ces gamins. Au Gabon, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans. L’âge des enfants esclaves varie entre 5 et 16 ans.

GMN

Commander mon espace pub

     

Commander mon article

   

Dans la même rubrique

0 Commentaire(s)

Poster un commentaire