Église Évangélique du Gabon : et si la crise était l’occasion du redressement ?

16 août 20260
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L’Église Évangélique du Gabon (EEG) traverse un moment qui appelle à la fois au calme, à la lucidité et à la responsabilité. La désignation du Révérend Pasteur Jean-Daniel Allogo Essimgane à la présidence du Conseil national, suivie de son installation le 10 août dernier, a été contestée par le Pasteur Moïse Ovono Menie. Très vite, une question qui aurait pu rester dans le cadre du fonctionnement interne de l’Église a pris une tournure plus préoccupante, avec le risque de voir s’installer deux légitimités concurrentes.

Face à cette situation et aux risques de troubles à l’ordre public, le ministère de l’Intérieur a décidé de suspendre le directoire et de mettre en place, pour trois mois, une administration provisoire confiée aux sages de l’Église. Celle-ci devra préparer de nouvelles assises en vue de l’élection d’un bureau dont la légitimité ne devrait, cette fois, souffrir d’aucune ambiguïté.

Il faut voir dans cette décision moins une victoire pour les uns ou les autres qu’une invitation à mettre un terme à une confrontation devenue préoccupante. L’essentiel, désormais, n’est plus de savoir qui aura le dernier mot sur le précédent Synode. Il est de créer les conditions pour que la prochaine consultation soit suffisamment claire et régulière pour être acceptée par tous.

Ces trois mois peuvent donc être précieux. Ils peuvent servir à calmer les esprits, à remettre les faits à leur place et, surtout, à préparer le redressement institutionnel de l’EEG.

La tâche confiée aux "sages" ne sera pas simple. Ils devront gérer cette période avec suffisamment de distance pour ne pas être perçus comme les prolongateurs d’un camp ou d’un autre. Leur première force devra être la neutralité. Leur seconde, la transparence. Et leur troisième, la capacité à ramener tout le monde autour d’une même règle.

Avant les prochaines assises, il faudra notamment que chacun sache clairement qui peut participer au vote, qui peut être candidat, comment les candidatures sont examinées, comment se déroule le scrutin, qui dépouille, qui proclame les résultats et comment une éventuelle contestation peut être traitée.

Cela peut sembler très administratif. C’est pourtant là que se joue une grande partie de la paix future de l’Église.

Car une élection ne devient pas incontestable parce qu’un résultat est annoncé. Elle le devient lorsque, dès le départ, les règles sont suffisamment claires pour que chacun sache à quoi s’en tenir. Et surtout lorsque ceux qui perdent peuvent reconnaître, malgré leur déception, que le processus a été régulier.

La crise actuelle doit justement permettre de tirer les leçons de ce qui s’est passé. Il ne servirait à rien de changer les hommes si les mêmes ambiguïtés demeuraient. Le redressement attendu doit donc être aussi un redressement des mécanismes de gouvernance.

Mais il y a un autre aspect qui mérite d’être dit avec franchise. Depuis le début de cette crise, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre de nombreuses invectives, accusations et prises de position parfois très tranchées. Chacun semble vouloir convaincre que son camp détient toute la vérité et que l’autre serait nécessairement dans l’erreur.

Cette manière de faire ne nous aidera pas.

Une Église n’a pas besoin de davantage de bruit. Elle a besoin de discernement.

Il faut donc sortir des procès d’intention, des caricatures et des jugements définitifs. Les réseaux sociaux peuvent servir à informer et à échanger, mais ils ne doivent pas devenir le lieu où l’on règle les affaires de l’Église à coups d’accusations et d’invectives.

Les forces vives de l’EEG ont ici un rôle important à jouer. La jeunesse, les femmes, les hommes, les pasteurs et les responsables laïcs doivent pouvoir participer à un débat sérieux, respectueux et constructif. Il ne s’agit pas de « crier au loup » à chaque désaccord, ni de transformer chaque divergence en menace contre l’Église.

Il faut plutôt apprendre à discuter des faits, des textes et des procédures, sans s’en prendre systématiquement aux personnes.

Car, au fond, le sujet qui nous occupe aujourd’hui est d’abord une question d’organisation.

Le choix des membres du Conseil national et, par conséquent, celui de la personne appelée à présider l’Église relève avant tout de la gouvernance de l’institution. Ce n’est pas une question de foi en tant que telle.

Dieu contrôle son Église. Mais cette vérité de foi ne signifie pas que les hommes doivent renoncer à leur responsabilité d’organiser l’institution. Au contraire. Ceux qui servent l’Église ont le devoir de mettre en place des règles et des mécanismes qui lui permettent de fonctionner correctement, de se renouveler et de rester forte dans la durée.

La foi et la bonne gouvernance ne sont donc pas contradictoires.

On peut croire profondément en la souveraineté de Dieu et, dans le même temps, demander de la transparence dans les élections, de la rigueur dans l’application des textes et de la responsabilité dans la gestion de l’institution.

C’est même, à mon sens, une manière de prendre au sérieux la mission de l’Église.

La prochaine élection devra ainsi être plus forte que les hommes qui y participeront. Le futur président devra être élu dans des conditions suffisamment claires pour que les autres candidats puissent accepter le résultat, même s’il leur est défavorable.

C’est aussi cela, la maturité institutionnelle : savoir gagner sans humilier et savoir perdre sans détruire.

Dans cette perspective, les trois mois de transition peuvent être une véritable chance pour l’EEG. Une chance de clarifier ses textes, de renforcer ses procédures électorales, de mieux documenter ses décisions et de trouver des mécanismes plus efficaces pour régler les différends.

L’État est intervenu pour prévenir le désordre. Il appartient maintenant à l’Église de travailler à son propre redressement institutionnel.

Personne ne devrait considérer cette période comme celle de la revanche. Elle devrait plutôt être celle du recul, du dialogue et de la préparation.

Nous avons suffisamment vu ce que les divisions peuvent produire. Il est temps de montrer ce que le dialogue peut construire.

Le Psaume 127 nous rappelle : « Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain. » Cette parole prend aujourd’hui tout son sens. Elle ne nous demande pas de renoncer à notre responsabilité humaine. Elle nous rappelle simplement que les ambitions personnelles ne doivent jamais prendre le dessus sur la mission de l’Église.

Les hommes passent. Les fonctions passent. Les controverses passent. L’Église demeure.

Alors, au terme de cette crise, ne cherchons pas seulement à savoir qui aura gagné.

Cherchons plutôt à faire en sorte que l’Église ait gagné.

Que le prochain bureau soit élu dans la transparence, reconnu dans la paix et installé dans le respect des règles.

Et que, cette fois, personne n’ait besoin de revendiquer une autre légitimité.

Parce que le véritable vainqueur doit être l’Église Évangélique du Gabon.

A/E. Eugène-Boris ELIBIYO/MT

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