UPGL : « Nous devons briser les chaînes de l’oppression ! »

10 août 20150
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L’Union des Patriotes Gabonais Loyalistes (UPGL), c’est le nom du parti de David Mbadinga, un ancien membre influent de l’UPG (union du peuple gabonais) du défunt Pierre Mamboundou. Le président de la nouvelle formation politique a accordé une interview exclusive à Gabonews à son siège au quartier Akébé (Libreville). L’opposant a expliqué les raisons fondatrices de son organisation et a donné son point de vue sur l’actualité nationale, sans se taire sur ses relations avec les autres membres de l’opposition gabonaise.


Pourquoi avoir crée un nouveau parti politique au lieu de rejoindre simplement une des ailes issues de l’UPG votre ancienne famille ?

"Le comportement des différentes tendances upégistes actuelles montre qu’il y a une absence de volonté d’aboutir à une réconciliation. L’UPG n’a plus la même consistance parce qu’il se retrouve en plusieurs morceaux. J’ai démissionné de l’UPG et ma décision est irrévocable. Je suis président de l’UPG Loyaliste et je le reste jusqu’au prochain congrès".

Quelle est l’idéologie de l’UPG Loyaliste ?

"Notre parti tire des leçons de la situation dans laquelle vivent les gabonais. Jusque-là nous sommes victimes de l’oppression sous toutes ses formes. Faire que les gabonais vivent dans la misère est une forme d’oppression, pays immensément riche, peuple immensément pauvre ; depuis 1990 il n’a pas été possible d’aboutir à l’alternance, malgré la volonté du peuple de changer ; c’est une forme d’oppression. Sur le logo de notre parti, il y a deux bras brisant des chaînes, ce sont les chaînes de l’oppression, brisons les chaînes de l’oppression. Lorsque nous aurons brisé ces chaînes, les gabonais prendront leurs responsabilités devant l’histoire pour construire leur pays qui n’est pas construit, le PDG est le parti de la destruction, ils n’ont rien construit, ils ont tout détruit. Nous visons la transformation du Gabon par les gabonais, c’est notre projet de société. Nous sommes un parti socialiste".

A un an de l’élection présidentielle, votre parti n’est pas connu…

"Notre parti est reconnu. Le 7 mars dernier, nous avons tenu une conférence de presse pour dire à la communauté nationale et internationale que nous avons déposé un dossier, conformément à la Loi, au ministère de l’intérieur. Nous avons crée notre parti le 16 novembre 2013 et nous avons déposé notre demande le 22 novembre. En principe, un mois après, le ministère de l’intérieur devait nous délivrer un récépissé. Mais nous n’avons reçu notre récépissé que le 7 février 2014, voilà l’émergence ! Parce que l’émergence c’est la qualité dans tous les actes. Passer trois mois pour délivrer un récépissé alors que la Loi prévoit un mois, ce n’est pas de l’émergence, c’est de la médiocrité. Après ce récépissé de dépôt, la Loi dit qu’il faut attendre un an pour avoir le récépissé définitif. Nous avons attendu un an. Nous n’avons reçu aucun rejet comme le prévoit la Loi. Si le ministre de l’intérieur ne manifeste aucun refus, le parti est réputé déclaré, conformément à la même Loi. Mais nous ne comprenons pas le silence du ministre de l’intérieur sur notre dossier. Puisque notre parti est reconnu nous devons bénéficier de tous les privilèges. Le ministre pourrait au moins répondre à nos correspondances pour nous dire ce qu’il fait de notre dossier. Mais comme le Gabon est le pays où les gens marchent la tête en bas, nous attendons ». C’est vous qui dites que nous ne sommes pas connus ; nous sommes en train de nous implanter ; nous avons établi plus de 200 cartes dans la province de l’Estuaire ; il nous fallait neuf-milles (9000) signatures pour le dossier de légalisation, nous en avons obtenu neuf- milles neuf-cents (9900)".

Le nouveau système de rémunération fait l’actualité, quel est votre avis sur l’augmentation des salaires des fonctionnaires ?

"II faudrait que la masse salariale soit inférieure ou égale aux recettes fiscales, selon les normes communautaires de la CEMAC, mais à entendre certains éléments avancés par le ministre de la fonction publique, on est sorti de là ; on est à 63 milliards de masse salariale mensuel, multipliée par 12, on est à 756 milliards alors que les recettes hors pétrole sont estimées à 500 milliards. Le gouvernement devrait s’atteler à faire son travail ; est-ce que les objectifs ont été atteints ? On ne pourra pas améliorer le pouvoir d’achat des gabonais si on ne met pas en place une politique adaptée. Allez voir sur le marché combien coûte le poisson. Quel est la politique économique du PDG ? Quelle est l’idéologie du PDG ? C’est le libéralisme sauvage, où on brade le patrimoine national qu’on livre aux charognards. Regardez l’état de la SEEG, lorsque l’idée de la privatisation a été avancée, j’étais le seul à dire c’est une escroquerie politique. Lorsqu’on lance l’appel d’offre, celui qui devait reprendre la SEEG devait avoir une expérience de 10 ans en matière de production d’eau et d’électricité. Or la compagnie générale des eaux (France) n’avait aucune expérience dans la distribution de l’électricité. On leur a cédé la SEEG et où en est-on ? L’ampleur des coupures n’avait jamais atteint ce niveau. Une ville comme Tchibanga est en permanence dans le noir… La SEEG doit être nationalisée, les télécommunications aussi".

La gestion actuelle du pays anime les discussions même au sein du PDG qu’en pensez-vous ?

"La gestion du pays est catastrophique, nous allons droit dans le mur. Une entreprise comme la SNBG risque d’ici-là de ne pouvoir payer les salaires. On prend des décisions sans mener des études au préalable. On se lève un matin et on décide de ne plus envoyer de grumes à l’étranger…"

Mais une étude a été menée sur la pauvreté…

"Le cabinet McKinsey a mené une étude sur la pauvreté mais quels sont les résultats ? Les gabonais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Allez en Guinée-équatoriale à côté, Obiang Nguema (le président équato-guinéen), avec le pétrole, en moins de dix (10) ans, a transformé son pays, c’est une honte ! Nous de l’opposition (UFA) avons interpellé Ali Bongo Ondimba pour que les gabonais se parlent car nous voulons un dialogue national sans exclusion et sans tabou pour que toutes les questions politiques et économiques soient mises sur la table. La fraude électorale est institutionnalisée ce n’est pas normal. Pour donner du crédit à ce dialogue, il nous faut des facilitateurs, l’Union Africaine et l’Union Européenne…"

Vos rapports avec les autres partis de l’opposition notamment le Front uni ?

L’UFA dont nous faisons parti a mis en place avec le Front une plateforme d’actions commune de lutte. Nous avons un adversaire commun c’est le PDG émergent, nous devons avoir une unité de lutte ? Les contradictions secondaires nous les mettons de côté, nous considérons la contradiction principale. Si nous n’avions pas de bons rapports, je ne serais pas intégré dans ce regroupement.

Et la candidature unique de l’opposition ?

« Nous devons d’abord nous battre pour ramener l’élection à deux tours, parce que celui qui est élu n’a aucune légitimité s’il est élu avec 20%. Ensuite, il faut déterminer des critères pour désigner le candidat unique et dire qui devra élire ce candidat : les présidents des partis ou les militants ; il faut harmoniser les programmes puisque chaque parti a son plan d’action. Or, je constate que certains sont déjà sur le terrain. La candidature unique est possible mais il faut mettre en place un processus de désignation ; personne ne doit venir s’imposer, il nous faut une certaine discipline, n’oublions pas que certains opposants actuels ont contribué à la destruction du Gabon, n’ouvrons pas la boîte de pandore ».

Pensez-vous qu’en 2016 la question de l’acte de naissance du président gabonais ressurgira ?

"Si aujourd’hui les gabonais parlent de la nationalité d’Ali Bongo, c’est en vertu de l’article 10 de la constitution vous le savez. Les gabonais ont constaté qu’en 2009, son dossier contenait un acte de naissance fabriqué par M. Akassaga, je dis bien fabriqué ; ce document ne permet pas de déterminer la nationalité de M. Ali Bongo. L’extrait produit à Nantes est tellement vide et vague que nous n’avons pas été convaincus. Nous avons demandé à François Hollande des explications parce qu’il est inadmissible que l’administration française se permette de fabriquer des faux c’est une affaire grave".


Propos recueillis par Georges-Maixent Ntoutoume

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