LIBERTÉ D’EXPRESSION/La mince démocratie gabonaise déjà en voie de disparition ?

25 juillet 20160
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La démocratie serait-elle en danger au Gabon ? Le droit d’exprimer son opinion à travers des sit-in, des marches ou autres mouvements publics, pourtant garantis en temps démocratique, se fait de plus en plus rare dans ce petit pays d’Afrique centrale.

La journée a pourtant débuté dans le calme. Dès les premières lueurs du jour, quelques passants et très peu de véhicules circulaient dans les grandes artères de la capitale gabonaise. A la veille, un message inondait les réseaux sociaux. Il donnait une longue liste de quartiers de Libreville à éviter tout au long de ce samedi 23 juillet qui a de près frôlé le drame. Mais cette tranquillité matinale n’était qu’apparente, vu l’important dispositif policier, déployé à plusieurs endroits. Depuis plusieurs semaines déjà, des contingents sont postés au carrefour des Charbonnages, au Rond-Point de la Démocratie, au Boulevard Omar Bongo, au bord de mer et dans d’autres lieux. Ces troupes ont été renforcées et visiblement mieux équipées. En dehors des boucliers, matraques et gaz lacrymogène traditionnels, des camions à jets d’eau, et mêmes des chiens prêts à mordre étaient présents.

La violence policière augmente davantage à l’approche de l’élection présidentielle
Le comportement des policiers a surpris la vingtaine de journalistes présents sur les lieux ainsi que d’autres observateurs. Alors qu’un groupe de leaders de l’opposition, dont Guy Nzouba Ndama, Casimir Oyé Mba, Léon Paul Ngoulakia, Bruno Ben Moubamba, tous candidats à l’élection présidentielle d’Août prochain, se sont détachés de la foule se tenant par la main pour rencontrer les officiers dirigeants les policiers. Une pluie de gaz lacrymogène s’est mise à tomber sur eux. Leur chaine est restée immobile quelques minutes, mais l’asphyxie qui montait l’a vite brisée. La foule qui avait alors entonné l’hymne national, prise de panique, s’est dispersée. Les policiers ont chargé sur ces manifestants qui n’ont posé ni résistance, ni acte de vandalisme.

Les agents des forces de l’ordre semblent avoir reçu des instructions fermes. Des ordres qui, semble-t-il, semaient la confusion entre protection des biens publics et chasse à l’homme. Leur violence prend de l’ampleur et s’étend désormais sur les journalistes. Un reporter de l’Agence France Presse(AFP) a été tabassé et un confrère de Radio Télévision Nazareth(RTN), pris dans un nuage de gaz lacrymogène, a eu la vie sauve grâce à des manifestants, sans oublier des arrestations musclées. Depuis plusieurs jours, des agents cagoulés opèrent des captures à domicile de jeunes activistes. Jean Rémy Yama, leader de Dynamique unitaire, une centrale syndicale, est en prison avec d’autres contestataires pour avoir participé à un mouvement anti candidature d’Ali Bongo Ondimba qui a mal tourné.

Ici, la démocratie se meurt…
Le droit de manifester est un acte démocratique car la liberté d’expression est l’un des piliers inaliénables de la démocratie. Un mariage démocratie/dictature serait un véritable sacrilège. La démocratie gabonaise est encore très mince. Les actions de dictature telles que le musèlement de l’opinion publique que pose le pouvoir de Libreville peuvent très vite phagocyter les ambitions démocratiques de la population. Ces dernières années, l’opposition, les organisations de la société civile et mêmes les syndicats, ont perdu le droit de tenir une réunion dans les lieux publics. Aucune autorisation ne leur ait accordée. Tous les rassemblements allant à l’encontre de la politique d’Ali Bongo Ondimba subissent des représailles. En 2015, des commerçantes du marché Mont-Bouët ont été vues dénudées en public. Dans la même période, un jeune commerçant est mort des suites de brûlures reçues dans un commissariat. Des collégiens et lycéens furent gazés et tabassés sous ce mandat de l’actuel chef de l’Etat et ce, pour avoir réclamé le retour des enseignants en grève dans les salles de classe. Aujourd’hui, le nombre de participants aux mouvements de contestation ne cesse de diminuer. Un climat de peur règne, face à la présence permanente des policiers armés dans les carrefours.

Georges-Maixent Ntoutoume

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