"Les élections arrivent à pas de géant au Gabon et l’électorat est jeune représentant environ 70% de la population gabonaise"
2023, année de plusieurs élections au Gabon. Il y aura la présidentielle, les législatives, les municipale et départementales. Quelle est la place des jeunes dans ces joutes électorales. Emmanuel OMBANA, Consultant indépendant certifié par l’Organisation internationale du travail (OIT) et Expert agréé en charge des questions d’entrepreneuriat des jeunes par le Système des Nations-Unies au Gabon, donne 15 raisons essentielles pour lesquelles les jeunes pourraient devenir des élus en 2023 et aller eux-mêmes défendre leur avenir à l’Assemblée Nationale, au Sénat, au sein des Mairies et Conseils Départementaux, etc
Monsieur Emmanuel OMBANA bonjour,
Avant tout, nous tenons à vous remercier d’avoir accepté de nous accorder cette interview. À moins d’un an des élections au Gabon et en dépit du fait que votre emploi du temps est très chargé, c’est un plaisir de recueillir des avis d’une voix et d’un profil autre que politique… !
Monsieur OMBANA, pouvez-vous, vous présenter brièvement à nos lecteurs ?
Tout d’abord, permettez-moi également de vous remercier pour cette tribune offerte à la jeunesse africaine en général et gabonaise en particulier, dans un contexte très particulier et marqué par la crise économique et où la voix des jeunes est très peu sollicitée et entendue.
Je suis un consultant indépendant certifié par l’Organisation internationale du travail (OIT) et Expert agréé en charge des questions d’entrepreneuriat des jeunes par le Système des Nations-Unies au Gabon (FAO/SFC-ANPI).
On note également une expérience professionnelle en Afrique de l’Ouest en qualité d’Assistant-comptable au Cabinet d’Audit & Expertise Comptable (AEC) à Lomé au Togo et une intégration par la suite à la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) ,en qualité d’auditeur junior où je débute ma carrière professionnelle.
Je suis diplômé en Audit & Contrôle de Gestion de l’Ecole Supérieure des Affaires (ESA). Je possède également un Master et une Licence en Coaching et Développement Intégral option : entrepreneuriat, ainsi qu’une double certification du Système des Nations-Unies au Gabon (FAO/SFC) et de l’Institut Théopolis de Libreville en Mobilisation des Ressources et Développement des Partenariats. J’habite actuellement à Libreville.
En ma qualité d’ardent promoteur de l’entrepreneuriat étudiant comme une réponse pertinente aux problèmes d’insertion professionnelle des jeunes diplômés, on peut souligner à ce modeste parcours deux propositions de lois à mon actif à savoir :
•La loi visant à développer l’entrepreneuriat étudiant au Gabon ;
•La loi fixant l’accès des jeunes aux marchés publics jusqu’à concurrence de 30%.
Enfin, à cela s’ajoutent plusieurs publications d’articles de presse et livres en France et dans toute l’Europe métropolitaine dont : la Corruption, un péché qu’il faut fuir (éditeur Book on demande, le 12/07/2018) lien : https: www.bod.fr/librairie/catalog search/result ; l’Eglise et le développement social volume 1 ; le livre Blanc des Junior Entreprises ; le Journal des Grandes Ecoles et des Universités et bien d’autres en cours…
2°) – Les élections arrivent à pas de géant au Gabon et l’électorat est jeune représentant environ 70% de la population gabonaise. Plusieurs offres politiques vont se décliner, notamment sur le plan économique, une offre assez majeure pour ne citer que celle-ci parmi tant d’autres (social et politique). Quel peut être l’état d’esprit des jeunes actuellement face aux enjeux des échéances électorales futures ?
Les jeunes sont bien conscients du rôle qu’ils auront à jouer au cours de ces échéances de 2023, contrairement au calme apparent que l’on observe. Ils ont bien mesuré et un peu plus pris de la hauteur sur les enjeux de la gestion de la cité (Etat/Pays).
Les affres avec tous leurs corolaires que leur ont infligé d’abord, la chute du prix de baril du pétrole, ensuite la Covid-19 et enfin la guerre Russo-ukrainienne. Toutes ces situations leur ont permis davantage, d’apprécier l’importance et l’impact des décisions qui se prennent au niveau politique et leur répercussion sur leur avenir, et par conséquent, ils ont bien compris que personne n’est mieux placé que les jeunes eux-mêmes pour contribuer à l’élaboration des politiques publiques d’emplois pour les jeunes, des lois en faveur de leur éducation, santé et formation, y compris entrepreneuriale et bien d’autres, Bref…Qui de mieux placer que les jeunes eux-mêmes, qui maitrisent les codes et les modes de vie ces 70% des jeunes pour défendre leurs intérêts au sein de nos institutions… !
Au regard du contexte et de la situation socio-économique des jeunes et sur une échelle de 1 à 15, quelles pourraient être les raisons majeures pour les jeunes pour en découdre avec ces discours politiques et se lancer eux-mêmes en 2023 ?
Les raisons sont effectivement nombreuses et très variées, selon les analyses des uns et des autres. Elles peuvent s’articuler ainsi qu’il suit :
•La loi n°9/2016 du 05 septembre 2016. Cette loi fixe les quotas de 30% d’accès des femmes et des jeunes aux élections politiques et celui des femmes aux emplois supérieurs de l’Etat. Une raison qui donne une marge de manœuvre aux jeunes.
•Les ressentes analyses de la Junior Entreprise Conseil (JEC) issue sa dernière enquête sur l’insertion professionnelle de 2019-2021, révèle que plus de 35.000 Personnes seraient à la recherche d’un emploi.
•Selon la Banque Mondiale, le Gabon fait face au défi du chômage accru. Le chômage au Gabon touche plus d’une personne active sur cinq et est en progression. Il atteint environ les 40% lorsque l’on tient compte des chômeurs découragés. Ce niveau de chômage observé est environ 10 fois plus élevé qu’au Cameroun et quatre fois supérieur à la moyenne des pays à revenu intermédiaire.
•Sur 10.000 entreprises créées tous les deux ans : 80% d’entreprises sont individuelles et seulement 20 % de sociétés. Certes on observe une croissance en création d’entreprises, mais un taux de mortalité de 80%.
•L’implantation géographique de l’entreprise au Gabon est territorialement déséquilibrée.70% de ces entreprises sont concentrées à Libreville et 30% sont disséminées sur le reste du territoire. Dans notre pays, et j’ai peine à le dire, il existe des déserts économiques.
•Selon la synthèse des états généraux de l’entreprise et de l’artisanat, 80% des créateurs d’entreprises sont des non-nationaux. Seulement 15% sont des salariés, à majorité des fonctionnaires et 05% des créateurs de ces entreprises sont au départ sans emplois. Des secteurs entiers de l’économie gabonaise sont détenus par eux. Ce qui pour l’essentiel, explique que, la plupart exercent dans l’informel et causent un réel préjudice pour les entreprises formellement constituées. Ils privent ainsi l’Etat d’une ressource évidente.
•Le chômage au Gabon frappe principalement les jeunes et n’épargne pas les diplômés. Le taux de chômage atteint 35,7% chez les jeunes de 15 à 24 ans quel que soit le milieu de résidence (ville ou campagne) et 26% chez les actifs de 25 à 34 ans. Un taux de chômage aussi important (plus d’un jeune sur trois) est une source potentielle de troubles sociaux, et révèle l’urgence d’explorer les possibilités de mise en œuvre d’une croissance plus inclusive que par le passé. Par ailleurs, les actifs ayant un niveau secondaire, 1er cycle général et technique, avec des taux de chômage respectifs de +27% et +24%, sont les plus touchés par le chômage. Parmi ceux ayant un niveau secondaire 2ème cycle, les diplômés des filières techniques (+10% de chômage), en sont toutefois moins victimes que ceux ayant reçu une formation générale (+20% de chômage). Une telle proportion de chômeurs diplômés, même en période de croissance positive, appelle à s’interroger sur l’efficacité du système éducatif national.
• l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le nombre de chômeurs dans le monde devrait croître l’année 2021, avec le taux le plus élevé. Des projections aussi inquiétantes sont faites pour l’année 2022 au Gabon. Plusieurs politiques doivent alors être envisagées pour remédier à cette situation. Les plus pertinentes devraient ramener nos grandes écoles de commerce, d’ingénieries et Universités au cœur des mécanismes de création d’emplois. Ainsi, le tandem Formation-Diplôme qui a prévalu depuis de décennies, se verrait laisser la place à la trilogie Formation-Diplôme-Emploi.
•Selon ‘’le Magazine Américain Forget’’, au cours des 10 et 15 prochaines années, 47% emplois vont être probablement remplacés par la technologie, soit 80.000.000 des emplois ;
•52% des TPE et Startup créées seront gérées et basées à domicile ;
•75% des Entreprises créées seront non patronales (comme individuelles) ;
•Près de 87% des milliardaires d’aujourd’hui sont des autodidactes, ce qui revient à dire qu’il va falloir repenser notre système éducatif.
•Les jeunes de 25 à 35 ans vont occuper entre 12 et 15 emplois. Nos structures de promotion et de création d’emplois n’ont pas été suffisamment moulées aux différents changements de paradigme.
•On observera une montée en puissance des CDD et une rareté des CDI ;
•Un travailleur moyen occupera en moyenne 10 emplois avant l’âge de 40 ans et ce nombre est susceptible d’augmenter ;
Au terme de cette interview, nous souhaitons vous donner la possibilité de conclure avec des points que vous aurez aimés développer, en sommes, quelle synthèse peut-on ressortir de ces 15 raisons essentielles sur le positionnement des jeunes en 2023 ?
Il est simplement à noter que peu importe votre statut actuel d’aujourd’hui, que vous soyez étudiant, professionnel en début, milieu et fin de carrière, que vous ayez de l’ambition pour gérer ou de créer une grande et petite entreprise, être un élu est le moyen par excellence de non seulement défendre les intérêts des générations présentes et futures, mais aussi et surtout, de valoriser le potentiel jeune dans ce contexte en perpétuel changement.
Propos recueillis par MTM






