Arnaud Lilian Billie : « Le président de la République doit revoir sa stratégie…Il y aura un nouveau Gouvernement en janvier 2016 »
En réaction, au récent remaniement du Gouvernement gabonais, le président de l’association Citoyens et Actions a indiqué dans une entrevue que la stratégie du Chef de l’État n’a pas été à la hauteur des attentes des populations gabonaises. Selon lui, il n’y a pas eu d’ouverture dans ce nouveau gouvernement, juste un ramassis de partis politiques. Retour sur les grandes lignes de cette rencontre qui s’est tenue au siège de cette structure à Libreville.
Gabonews : Quelle est votre appréciation sur le nouveau Gouvernement ?
Arnaud Lilian Billie : Fort est de constater qu’il y a eu véritablement remaniement. Et nous avons aussi constaté qu’il y a eu malheureusement des anciens qui sont également revenus. On a l’impression qu’on veut faire du neuf avec du vieux dans ce nouveau remaniement. Est-ce que ça ne va pas frustrer des amis de certains, des coalitions qui se sont formées au sein de ce nouveau gouvernement ?
Mais, il y a eu ouverture, c’est peut-être tout l’intérêt de ce remaniement ?
Aujourd’hui on parle d’ouverture. On ne parle pas d’ouverture avec du vieux. On parle d’ouverture avec ce qu’il y a de nouveau, ce à quoi la population aujourd’hui aspire. Mais quand on veut rebondir avec des anciennes pratiques ou avec des anciennes méthodes qui aujourd’hui ne marchent pas vu le contexte de notre pays, vu le contexte socio-politique qui ronge et qui mine encore notre pays, il semble qu’il est mieux aujourd’hui de prendre des acteurs qui sont poignants, des acteurs qui veulent réellement porter une politique éthique, une politique qui gouverne, une politique qui veut emmener notre pays dans cette émergence tellement souhaitée.
Je proposerai au président de la République pour ce gouvernement de revoir parce qu’il n’est pas toujours trop tard de rectifier le tir. Aujourd’hui, on comprend qu’à travers ses différentes nominations, à peine un jour et y a déjà la lassitude qui commence à naitre, cela prouve que la stratégie du gouvernement notamment celle du président est à revoir.
Peut-on parler d’un Gouvernement mort-né ?
Gouvernement mort-né ? Pas forcement, c’est un gouvernement qui a été même avorté. Il n’est pas né, il a été avorté par la réaction de deux personnes qui se sont désistés après leurs nominations. Pour nous qui sommes des analystes politiques, pour nous qui faisons dans la société civile, on a simplement constaté qu’il n’y pas eu une véritable concertation pour ce gouvernement. Cela me permet en tant que simple analyste de dire qu’il a voulu faire un gouvernement d’union nationale mais au lieu de ça, il s’est contenté de faire un gouvernement d’union des partis politiques.
Daniel Ona Ondo ne sera plus seul, avec lui désormais, 3 Vices-Premiers ministres. Est-ce que cela pourrait trahir une certaine incompétence de ce dernier ?
On ne peut pas parler aujourd’hui d’incompétence en ce qui concerne le Premier ministre. On peut parler peut être de faiblesse et de main mise au niveau de son gouvernement. C’est un renforcement des capacités mais ce n’est pas une faiblesse.
Quand on parle des trois autres, vous savez en ce moment nous sommes à base des stratégies politiques. L’Estuaire aujourd’hui est en train de perdre un électorat fort en ce qui concerne le pouvoir en place. Alors, il fallait trouver une stratégie parade pour permettre de récupérer l’électorat qui est dans la province de l’Estuaire et pour cela, il fallait ramener au gouvernement l’ex-premier ministre. Pour ma part, je ne sais pas pourquoi il a accepté plus qu’on ne quitte pas de la Présidence d’une institution pour venir être sous la domination d’un Premier ministre. Cela prouve que ce n’est qu’une stratégie de remaniement des populations auprès de leurs leaders des différentes localités afin d’avoir au maximum à la veille des élections, un électorat sûr et certain.
Un président d’institution, ancien Premier ministre qui revient au gouvernement en tant que vice-Premier ministre, quelle lecture faites-vous de ce mouvement ?
Pour ce qui est de l’ancien Premier ministre qui est aujourd’hui vice-premier ministre, malheureusement, on a constaté que dans notre pays il y a toujours des gens qui sont encore accrochées à la visibilité politique. On l’aurait conseillé de décliner simplement cet offre, parce que quand on a été Premier ministre, on ne se voit plus être Vice-Premier ministre, quand on a été président d’une institution telle que le Conseil Economique et Social (CES), on ne devrait plus être Vice-Premier ministre. Cela nous amène à questionner les réelles ambitions de ces personnes qui courent derrière ces nominations.
Ramener au gouvernement des ministres qui avaient été remerciés au préalable pour incompétence, est-ce que ce n’est pas reconnaitre que le gouvernement avait commis une erreur ?
Pour moi, il y a des personnes pour qui je m’interroge de leur entrée au gouvernement, notamment celle de BILIE-BI NZE. On ne quitte pas une institution supérieure comme celle de la Présidence pour le gouvernement. N’est-ce pas là une stratégie de la Présidence pour l’écarter de la sphère politique nationale ? Parce qu’en le nommant ministre de la Communication, et comme c’est un ministre et sachant qu’on peut changer un ministre à n’importe quel moment, n’est-ce pas une autre manière de l’écarter ? Cela d’autant plus qu’on sait qu’il n’a plus une assez large côte électorale au niveau de l’Ogooué Ivindo. N’est-ce pas aussi une manière de le relancer également ?
Pour essayer de recapitaliser l’électorat de l’Ogooué Ivindo, parce que M. Nelson MESSONE est entré à la présidence, n‘est- ce pas juste un changement de portefeuille dans cette province ?
On sait que ce n’est pas un fédérateur, ce n’est pas un homme de terrain, c’est un technocrate, quelqu’un qui est habitué à travailler dans des institutions internationales et qui n’est pas un homme de terrain. Alors qu’Alain Claude c’est quelqu’un qui n’hésite pas à se salir les mains pour être là où il est en même temps pour faire plaisir aux personnes qui l’entourent.
Parmi les retours, il y a celui dont la démission a été controversée. On parlait même de limogeage. Est-ce un rachat ?
Les technocrates sont des personnes qui veulent le pouvoir pour travailler. Léon Nzouba fait partie des personnes qui veulent travailler et qui sont réellement prêts pour ça. Mais est-ce qu’autour de ces personnes, il y a des moyens et des compétences pour travailler avec ces personnes. Est-ce que les personnes autour de lui sont prêtes à suivre le pas. Les technocrates veulent toujours donner le meilleur d’eux mais les conditions parfois ne suivent pas. Je suis très heureux qu’il occupe un poste ministériel parce qu’il n’a jamais déçu les gens à chaque fois qu’il a eu un poste ministériel.
A l’éducation, il a fait ce qu’on appelle une démocratie participative. A ce niveau de leadership et de compétence, quand on est ministre de l’Éducation, parfois la diplomatie ou la démocratie participative ne fonctionne pas. A ce genre de niveau avec un tel ministère, il faut savoir imposer les choses ce qui n’est pas sa force. Il passe beaucoup plus dans la négociation ce qui est une faiblesse dans un ministère tel que l’Éducation nationale.
Des satisfactions tout de même dans ce gouvernement ?
Honnêtement, il est à refaire d’après moi. Il y a des personnes qui ont été retenus dont je suis fier tel que ISSOZET NGONDET dont le ministère se porte à merveille. Certainement parce que c’est un diplomate de formation et de carrière en même temps. Donc c’est la personne la mieux placée pour gérer ce ministère. En dehors de lui, il y a eu l’entré de Alain Claude BILIE BI NZE qui rentre dans un ministère clé qu’il gérait quand il était au parti de Paul MBA ABESSOLE. C’est un ministère qu’il connait. Mais c’est aussi un ministère à double tranchant parce qu’il ne le prend pas par hasard.
Pour ceux qui ont bonne mémoire, il disait qu’il devait revoir le problème des journaux en ligne, des medias en ligne qui ne couvraient pas d’un statut juridique. Il fera de ça l’un de ses axes majeurs, une lutte pour lui. Voici les deux personnes sur lesquelles on attend encore beaucoup. ISSOZET NDONDET doit revoir la politique internationale de notre pays afin d’attirer encore des investisseurs. Alain Claude qui se plaignait de l’incompétence de certains ministres, lui aussi on l’attend sur le pied de guerre pour voir s’il était plus compétent pour ne plus essuyer certaines remarques. Nous avons également vu l’entrée du nouveau ministre de la défense qui n’est pas si nouveau que ça, car on le voyait déjà du temps de l’ancien pouvoir. Ce choix est certainement pour contrer le général tonnerre dont vous connaissez le nom avec qui le président a des désaccords dans la famille.
C’est à croire que c’est un gouvernement politiquement objectif ?
On ne peut pas parler d’objectivité politique parce qu’il y a des gens qui font des fautes politiques et ceux qui font des nominations politiquement pas correctes. Telle que la nomination de MOUKAGNI IWANGOU qui est une nomination politiquement pas correcte qui discrédite encore le pouvoir en place. Cela discrédite aussi les partis de l’opposition car s’il y a nomination c’est qu’il y a eu consultation, ou il y a eu un contact qui a été noué et donc y a eu négociation. Donc son refus aujourd’hui serait le fruit du déchainement des populations sur les réseaux sociaux. Si la population ne s’était déchaînée, certainement il devait accepter de rentrer au gouvernement.
Ce gouvernement peut-il préparer 2016 ?
Celui qui dira que ce gouvernement ira jusqu’en 2016 fait une mauvaise analyse politique. Ce gouvernement se verra être retoucher d’ici 2016. Le président continuera à chercher parce qu’aujourd’hui c’est la jeunesse qui est visée. Est-ce que ses membres du gouvernement sont en contact constamment avec la jeunesse. En dehors du ministre de la jeunesse qui est tout le temps en contact avec la jeunesse. Je pense que d’ici janvier, il y aura un remaniement ministériel qui sera un gouvernement qui ira avec le président jusqu’à l’élection de 2016.
Quelles sont les attentes de votre structure ?
Nous voulons politiser la population. Parce que nous avons constaté que dans un pays où la population n’est pas politisée, elle est en clin aux crises et aux conflits. Parce que la population n’a pas une éducation politique, ne sais pas ce que c’est la culture de la paix et parce qu’elle ne sait pas c’est quoi l’évaluation d’une politique publique qu’aujourd’hui quand un leader d’opinion se lève, la population est facilement influencée. Notre rôle est de conscientiser, d’enseigner la population, c’est de l’éduquer politiquement.
Quand un président, un ministre fait un discours ou quand un gouvernement est mis en place, notre devoir à nous c’est de le critiquer, apporter notre point de vue en critiquant chaque décision mais en apportant aussi des propositions. Tel que pour ce gouvernement qui n’est pas très représentatif des jeunes quand on sait que selon lacharte africaine de la jeunesse, le jeune c’est celui qui est entre 18 et 35 ans et notre constitution indique que cela va jusqu’à 40.
Propos recueillis par Dorian Ondo






