Système Électoral Gabonais : du diagnostic à la restauration de la confiance citoyenne

21 octobre 20260
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La déclaration du vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, sur la remise à plat du fichier électoral et l’éventualité d’une loi instituant le vote obligatoire mérite une réflexion approfondie. Mais avant d’envisager de nouvelles obligations pour les citoyens, il convient de dresser un état des lieux de notre système électoral et de tirer toutes les leçons des dernières échéances.

Car une question fondamentale se pose : comment demander aux Gabonais de participer davantage aux élections sans nous interroger sur les dysfonctionnements qui peuvent altérer leur confiance dans la valeur de leur suffrage ?

Les élections législatives et locales jumelées du 27 septembre 2025 ont révélé des difficultés qui ne peuvent être passées sous silence. Le 30 septembre, l’Autorité de contrôle des élections et du référendum (ACER) a signalé des irrégularités et des dysfonctionnements ayant affecté le déroulement du scrutin. Des problèmes liés à l’ouverture de certains bureaux de vote, à la disponibilité des bulletins et à la gestion des procurations ont notamment été rapportés. L’ACER a demandé des mesures correctives et la reprise du vote dans certaines circonscriptions.

Ces constats appellent une évaluation sérieuse de l’organisation matérielle des scrutins, de la coordination des opérations, de la transparence du dépouillement et de l’efficacité des mécanismes de contrôle.

Il ne s’agit ni de remettre systématiquement en cause les résultats proclamés ni de jeter le discrédit sur tous les acteurs impliqués. Il s’agit de reconnaître que les insuffisances constatées doivent être identifiées, documentées et corrigées pour éviter leur répétition.

Le cadre juridique mérite lui aussi un examen approfondi. Le Code électoral issu de la loi organique n° 001/2025 du 19 janvier 2025 confie au ministère de l’Intérieur la préparation, l’organisation et l’administration des élections. Il prévoit la Commission nationale d’organisation et de coordination des élections et du référendum (CNOCER), ainsi que l’ACER, chargée du contrôle des opérations électorales
.
Or, l’ACER est une autorité administrative indépendante non permanente, mise en place au moins un mois avant le scrutin et dont les activités prennent fin trois mois après celui-ci. Cette organisation soulève une interrogation légitime : les moyens, la durée d’intervention et les prérogatives de contrôle de cette autorité sont-ils suffisants pour garantir durablement la crédibilité de notre système électoral ?

La question mérite d’être posée sans procès d’intention, mais sans complaisance non plus.

Au-delà des mécanismes administratifs et juridiques, il existe une conséquence politique et sociale qu’il serait dangereux de négliger : l’érosion de la confiance citoyenne.

Lorsqu’un électeur doute de l’équité des règles, s’interroge sur la transparence du dépouillement ou estime que son suffrage ne bénéficie pas de garanties suffisantes, il peut progressivement perdre confiance dans l’utilité de sa participation.

Certes, toutes les abstentions ne s’expliquent pas par les dysfonctionnements électoraux. Mais nous ne pouvons ignorer que les mauvaises expériences, les irrégularités constatées et le sentiment d’injustice peuvent contribuer à éloigner des urnes une partie de nos compatriotes.

Voilà pourquoi le débat sur le vote obligatoire ne doit pas être abordé uniquement sous l’angle du devoir citoyen.

Avant de contraindre le citoyen à voter, rassurons l’électeur sur la valeur de son vote.

Face à cette situation, le Forum pour la Défense de la République (FDR) estime qu’il est temps de passer du diagnostic à l’action.

Nous proposons, en premier lieu, un audit indépendant du fichier électoral, conduit dans la transparence et avec la participation des partis politiques légalement constitués. Il devra permettre de vérifier la fiabilité des inscriptions, de corriger les anomalies éventuelles et de garantir à chaque citoyen remplissant les conditions légales l’exercice effectif de son droit de vote.

Nous proposons également ,une évaluation publique et indépendante de l’organisation des dernières élections jumelées, afin d’identifier précisément les dysfonctionnements, d’établir les responsabilités institutionnelles et de formuler des recommandations applicables avant les prochaines échéances.

De renforcer la transparence des opérations électorales par la traçabilité des procès-verbaux, la remise de copies aux représentants habilités, la publication des résultats bureau par bureau selon des modalités clairement définies et l’amélioration des voies de recours.

Mais il faut aller plus loin.

Le FDR propose enfin que soit ouvert un débat national sur le retour à une autorité électorale indépendante chargée de l’organisation des élections.

Le Gabon a connu par le passé la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP). Sans idéaliser les dispositifs antérieurs, nous devons pouvoir examiner cette expérience et comparer les différents modèles d’organisation électorale.

L’objectif serait de déterminer si une autorité indépendante, permanente et dotée de moyens humains, techniques et financiers suffisants pourrait garantir une meilleure séparation entre l’organisation des élections et le contrôle de leur régularité.

Une telle réforme devrait prévoir des garanties précises : une composition équilibrée, des modalités transparentes de désignation des membres, une autonomie administrative et financière, des compétences clairement définies et des mécanismes de reddition de comptes.

Il ne s’agit pas de créer une institution supplémentaire pour le principe. Il s’agit de choisir le modèle le plus crédible, le plus efficace et le plus respectueux de la volonté populaire.

Enfin, je propose que toute initiative visant à rendre le vote obligatoire soit précédée d’une concertation nationale avec les partis politiques, la société civile et les autres acteurs concernés. Les implications constitutionnelles et juridiques d’une telle mesure, ses modalités d’application, les éventuelles exceptions et les conséquences d’une abstention devront être examinées avec sérieux.

La citoyenneté implique des responsabilités. Mais ces responsabilités doivent aller de pair avec la garantie effective des droits applicables à tous.

Pour le FDR, il ne s’agit pas de rejeter systématiquement les initiatives du Gouvernement. Il s’agit de contribuer à leur amélioration et de défendre des réformes qui répondent véritablement aux préoccupations des Gabonais.

La remise à plat du fichier électoral peut constituer une avancée. Le renforcement de la participation citoyenne est un objectif légitime. Mais ni l’une ni l’autre de ces ambitions ne saurait dispenser les pouvoirs publics d’évaluer l’organisation des scrutins et de corriger les insuffisances constatées.

La Ve République doit être l’occasion de bâtir un système électoral qui inspire confiance, protège la liberté du suffrage et garantit que la volonté populaire puisse s’exprimer dans les meilleures conditions.

Car la démocratie ne se résume pas à convoquer les électeurs. Elle exige aussi des règles crédibles, des institutions impartiales et le respect du choix exprimé dans les urnes.

Avant d’exiger davantage du citoyen, donnons-lui les raisons de croire en son vote. Avant de renforcer son devoir, garantissons pleinement son droit .

C’est à cette condition que nous pourrons réconcilier durablement les Gabonais avec les urnes et poursuivre la construction de l’Édifice Nouveau.

Joachim MBATCHI PAMBOU
Président du Forum Pour la Défense de la République (FDR)
Candidat à l’élection présidentielle d’août 2023.

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