Entre symbole fort et exigence de crédibilité : Justine Judith Lekogo interpelle sur la gouvernance
À l’occasion de l’inauguration du Palais des congrès rénové, la députée Justine Judith Lekogo salue un acte historique majeur tout en pointant des défaillances préoccupantes dans l’organisation du Forum international annoncé. Entre reconnaissance des avancées et exigence de rigueur, elle appelle à un sursaut de responsabilité pour préserver la crédibilité du Gabon.
Journaliste : Madame la députée, vous avez récemment participé à l’inauguration du Palais des congrès. Quel regard portez-vous sur cet événement ?
Justine Judith Lekogo :
Je tiens d’abord à être claire et honnête. La réhabilitation du Palais des congrès est un acte fort. C’est un lieu chargé d’histoire pour notre pays, inauguré en 1977, et qui symbolise le rayonnement diplomatique du Gabon. Sa destruction passée a été, à mes yeux, une erreur grave, car on ne détruit pas ce type de symbole. Le voir aujourd’hui renaître est un signal important. Cela traduit une volonté de restaurer l’image du Gabon, de réhabiliter notre histoire et de redonner une certaine stature à notre État sur la scène internationale. Pour cela, je félicite le président de la transition et toutes les équipes qui ont contribué à ce travail.
Vous semblez toutefois émettre des réserves. À quoi faites-vous référence ?
Justine Judith Lekogo :
Effectivement, au-delà du symbole, un État ne peut pas fonctionner uniquement sur l’image. Il fonctionne sur la parole donnée. Et dans ce cadre précis, il y a un problème majeur : le Forum international de Libreville pour l’innovation et le développement avait été annoncé, structuré et attendu. Des investisseurs, des entrepreneurs et des acteurs économiques se sont mobilisés. Certains sont venus de loin, des États-Unis, de France, d’ailleurs encore. Ils ont pris des dispositions, engagé des frais, avec des objectifs clairs.
Et finalement, ce forum n’a pas eu lieu. Sans explication officielle, sans communication claire, sans reprogrammation. Cela pose une question simple mais fondamentale : que vaut la parole publique lorsqu’un engagement de cette nature n’est pas respecté ?
Vous parlez d’un problème de gouvernance ?
Justine Judith Lekogo :
Absolument. Et je pèse mes mots. En tant que députée, je suis comptable de l’utilisation des ressources publiques. Des moyens ont été mobilisés, des déplacements ont été financés, des attentes ont été créées. Mais quel est le résultat concret ? Lorsqu’une dépense est visible et que le résultat ne l’est pas, il y a un problème de gouvernance.
Ce qui est encore plus interpellant, c’est qu’un des panels prévus dans ce forum portait justement sur la gouvernance. Comment peut-on organiser un tel événement, avec un panel sur la gouvernance, et se comporter de cette manière ? Il y a là une incohérence qui fragilise notre crédibilité.
Certains observateurs évoquent aussi une politisation de l’événement. Partagez-vous cette analyse ?
Justine Judith Lekogo :
Oui, et c’est un point qu’il ne faut pas éluder. Nous avons assisté, en marge de cette inauguration, à une forme de confrontation entre organisations politiques, notamment entre le Parti démocratique gabonais (PDG) et l’Union démocratique des Bâtisseurs. Aujourd’hui, le débat semble s’être déplacé : on ne parle plus des retombées économiques ou des objectifs du forum, mais de savoir qui a le plus mobilisé, qui a montré sa force.
Je crois qu’il est temps de changer cela. La politique, c’est important, bien sûr. Mais tout n’est pas politique. On ne peut pas tout mélanger. Un événement économique doit rester un espace de travail, de résultats, de construction. Le Gabon a besoin de sérieux. Nous avons besoin de construire le pays, pas de détourner l’attention vers des rivalités politiques.
Qui est responsable selon vous ?
Justine Judith Lekogo :
Je veux être responsable dans mes propos. Je ne pense pas que le chef de l’État ait été correctement informé de la réalité de la situation. Le véritable problème, c’est l’entourage. Il est temps que ceux qui sont autour du président lui disent la vérité.
Quand on sait qu’un objectif ne peut pas être atteint, on doit le dire. On ne peut pas maintenir des annonces irréalistes. On aurait pu adapter le programme, maintenir les panels, organiser le forum sur une autre journée, par exemple le lundi, et informer clairement les participants. Il y avait des solutions.
Mais ce qui n’est pas acceptable, c’est le silence. On ne peut pas laisser des investisseurs venir, s’inscrire via des plateformes, payer leurs billets, et ne rien leur dire. Tout le monde n’a pas accès à la présidence. Tout le monde ne passe pas par les circuits officiels. Cela donne une image de désorganisation.
Quelles peuvent être les conséquences d’une telle situation ?
Justine Judith Lekogo :
Elles sont sérieuses. Un forum international n’est pas une simple cérémonie. C’est un outil économique. Les investisseurs viennent pour comprendre, pour échanger, pour signer. Lorsqu’ils repartent sans contenu, sans perspectives, cela devient une occasion manquée.
Et dans le monde économique, une occasion manquée peut coûter très cher. La confiance est difficile à construire, mais très facile à perdre. Or, le Gabon a déjà trop souvent souffert d’un manque de respect de ses engagements. Nous ne pouvons pas continuer ainsi.
Quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui ?
Justine Judith Lekogo :
Mon message est constructif. D’abord, il faut une clarification officielle : pourquoi le forum n’a-t-il pas eu lieu ? Ensuite, un engagement clair pour sa reprogrammation rapide. La crédibilité du pays est en jeu.
Il faut également une transparence totale sur les dépenses engagées. La confiance passe par la traçabilité. Enfin, il est essentiel de poser une règle : les événements économiques doivent être protégés de toute récupération politique et rester orientés vers des résultats concrets.
Nous avons engagé une transition pour corriger les erreurs du passé, pas pour les reproduire. Le Gabon mérite mieux. Et cela commence par le respect de la parole donnée.
Propos recueillis par MTM/LJJ






