"À Genève, le poison du clanisme menace à nouveau la diplomatie gabonaise"
Des informations préoccupantes font état de vives tensions au sein de la Mission permanente du Gabon auprès des Nations unies à Genève. Humiliations, frustrations, marginalisation de certains agents, dérives managériales : les témoignages qui nous parviennent dessinent le portrait d’une représentation diplomatique profondément fragilisée, où un cercle restreint aurait progressivement pris le contrôle du fonctionnement quotidien de la mission.
À ce stade, nous faisons le choix de ne citer aucun nom. Cette retenue procède d’un souci d’équité et de responsabilité. Les personnes concernées se reconnaîtront aisément. Mais qu’il soit tout aussi clair que, si ces dysfonctionnements devaient perdurer ou si les autorités compétentes demeuraient inertes, nous ne nous interdirons pas, dans une prochaine publication, d’indiquer les noms, les grades, les fonctions des principaux protagonistes, ainsi que les griefs précis qu’ils se reprochent mutuellement. Parce qu’au-delà des personnes, c’est l’intérêt supérieur du Gabon qui est en jeu.
Ces accusations imposent naturellement une vérification administrative rigoureuse. Mais leur gravité interdit qu’elles soient balayées d’un revers de main. Il ne s’agirait pas de simples incompatibilités d’humeur, mais de l’installation progressive d’une logique clanique où les appartenances provinciales et les affinités personnelles primeraient sur la compétence, la neutralité administrative et l’intérêt général.
Une cheffe de mission sous influence ?
Nommée le 26 novembre 2025, l’ambassadrice Rita Barreau Kambangoye est encore relativement récente à son poste. Si cette situation peut expliquer une période d’adaptation aux réalités de la chancellerie, elle ne saurait justifier qu’une partie de l’autorité soit, de fait, abandonnée à des collaborateurs devenus incontournables.
Selon plusieurs témoignages concordants, deux conseillers exerceraient une influence déterminante auprès de la cheffe de mission, alimentant le sentiment de l’existence d’un pouvoir parallèle, favorisé par une origine géographique commune. Que des collaborateurs partagent les mêmes racines n’a, en soi, rien de répréhensible. En revanche, lorsque cette proximité se traduit par des traitements différenciés, la marginalisation d’autres agents ou une captation des circuits de décision, c’est alors le fonctionnement même de l’institution qui se trouve remis en cause.
Préserver l’image du Gabon
Une mission diplomatique n’est ni un patrimoine privé, ni un cercle d’initiés, encore moins le prolongement d’intérêts particuliers. Elle représente la République dans toute sa diversité. Lorsqu’un groupe filtre l’information, distribue les faveurs et marginalise ceux qui ne lui sont pas acquis, il installe un climat de défiance qui affaiblit durablement l’action diplomatique.
À Genève, l’une des capitales mondiales du multilatéralisme, où siègent notamment les Nations unies, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation internationale du travail, l’Organisation mondiale du commerce et le Conseil des droits de l’homme, ces dysfonctionnements ne demeurent jamais longtemps confinés aux murs d’une chancellerie. Ils finissent inévitablement par affecter la crédibilité du Gabon auprès de ses partenaires internationaux.
Une inquiétante impression de déjà-vu
Cette crise rappelle un précédent qui avait déjà profondément marqué la représentation gabonaise. En février 2021, un billet publié sur le Club de Mediapart dénonçait la gestion de l’ancienne représentante permanente, Mireille-Sarah Nzenzé, évoquant des salaires impayés, des tensions internes et un climat social particulièrement dégradé. Cinq ans plus tard, les visages ont changé, mais les symptômes semblent étrangement similaires : personnel démotivé, autorité contestée, soupçons de favoritisme et fractures internes. Cette répétition interroge moins les individus que les mécanismes qui permettent à de telles situations de se reproduire.
Le ministère face à ses responsabilités
Maintenant qu’un certain nombre de faits, établis ou non, sont sur la place publique , la ministre des Affaires étrangères, Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbéneny, ne peut désormais laisser prospérer ces allégations sans diligenter une inspection administrative indépendante. Une telle mission devra entendre individuellement l’ensemble des agents, examiner l’organisation interne de la représentation, analyser la répartition des responsabilités, des avantages et des charges de travail, puis établir objectivement les responsabilités de chacun.
L’objectif n’est ni de nourrir une chasse aux sorcières, ni de jeter l’opprobre sur une province ou sur des personnes. Il est de restaurer les principes fondamentaux de la République : l’égalité de traitement, le mérite, la compétence, l’éthique et le sens du service public. Parce qu’à Genève, il ne s’agit pas seulement du fonctionnement d’une ambassade. Il s’agit de l’image du Gabon, de la crédibilité de sa diplomatie et de l’autorité même de l’État.
RDB






