Lebamba : Le scandale silencieux de « l’or blanc » de la Louetsi et de la Birundou
C’est un paradoxe qui saute aux yeux de quiconque traverse la commune de Lebamba.
Sous les pieds des riverains de la Louetsi et de la Birundou coule une véritable fortune minérale : un sable d’une qualité exceptionnelle, baptisé localement « l’or blanc ».
Pourtant, alors que cette ressource devrait financer les infrastructures de base de la région, elle fait aujourd’hui l’objet d’une exploitation sauvage qui appauvrit la communauté au profit d’un réseau informel bien organisé.
Le constat d’une gabegie organisée
Chaque jour, dans les quartiers de Makombo, Bongolo ou Imenou, le spectacle est le même. Des dizaines de jeunes locaux s’épuisent à la tâche, plongeant et pelletant à bout de bras pour extraire le précieux sédiment des lits des rivières.
Mais l’effort ne paie pas sa juste valeur.
Selon plusieurs témoignages de terrain, une poignée d’intermédiaires ouest-africains s’est accaparée le monopole de la commercialisation. Habiles et structurés, ces affairistes fixent les prix d’achat aux producteurs à la baisse, stockent massivement le sable et spéculent lors de la saison des pluies, moment où la rareté fait grimper la demande sur le marché national.
Résultat : les intermédiaires empochent d’importantes plus-values pendant que la jeunesse locale, véritable moteur de l’activité, demeure dans la précarité.
L’impuissance et le manque à gagner de la municipalité.
Face à ce pillage en règle, la Mairie de Lebamba est pointée du doigt pour sa passivité.
Faute de mécanismes de contrôle, aucun outil statistique n’existe pour quantifier le volume de sable qui quitte le département.
Ce flou artistique engendre un manque à gagner colossal pour les caisses de la commune.
En l’absence de taxes municipales claires sur les sorties de bennes et d’un encadrement des sites de prélèvement, Lebamba passe à côté des budgets nécessaires à la construction de ses propres écoles et à l’entretien de son réseau routier.
Une feuille de route pour une reprise en main municipale
Pour inverser durablement la tendance, la municipalité ne peut plus se contenter d’un rôle de spectatrice et doit impérativement mettre en œuvre une stratégie globale et structurée.
Tout d’abord, l’action publique doit impérativement s’amorcer par une phase de sensibilisation humaine sur le terrain.
La Mairie se doit de descendre directement sur les sites d’extraction de Makombo, Bongolo et Imenou afin d’inciter les jeunes extracteurs à s’organiser sous sa houlette.
C’est uniquement par ce premier contact politique et social que les travailleurs locaux prendront conscience qu’une alternative solide existe face au monopole des acheteurs clandestins.
Ensuite, cette mobilisation doit déboucher sur une véritable révolution structurelle : l’instauration d’un monopole public exclusif.
Pour court-circuiter définitivement les réseaux de spéculation, la Mairie doit se positionner comme l’unique acheteur légal de tout le sable extrait par la jeunesse locale.
En rachetant directement la production à un tarif juste, stable et garanti, la municipalité sécurisera immédiatement le revenu des riverains et privera les intermédiaires de leur matière première.
Par ailleurs, cette stratégie de reprise en main ne sera pleinement efficace qu’à la condition que la commune maîtrise l’intégralité de la chaîne logistique, en particulier le maillon crucial du transport. Pour ce faire, la Mairie doit investir dans sa propre flotte de bennes, de camions et acquérir une tractopelle pour la manutention des stocks.
En s’assurant l’exclusivité du transport et de la revente du sable à l’échelle départementale et nationale, la municipalité captera la totalité de la plus-value commerciale, générant ainsi des revenus massifs et directs pour les caisses de la commune.
Enfin, le point d’orgue de cette réforme réside dans l’impact social et l’intégration de la jeunesse. Plutôt que de laisser ces travailleurs dans la précarité de l’informel, la Mairie a l’opportunité historique d’intégrer ces jeunes extracteurs directement dans ses effectifs officiels.
En devenant des agents municipaux à part entière, spécialisés dans la gestion de l’or blanc, ils bénéficieront d’emplois décents, stables et durables. C’est de cette manière que Lebamba transformera une extraction artisanale pénible en un service public moderne, digne et porteur de plein emploi pour sa jeunesse.
« Le sable de Lebamba n’est pas une concession accordée à des affairistes de passage. C’est notre héritage, notre matière première, notre levier de développement. »
Un choix d’avenir pour la Louetsi
L’appel à la mobilisation est désormais lancé, tant du côté des populations que des observateurs économiques. La richesse du lit de la Louetsi ne doit plus s’écouler sans retour.
En encadrant l’exploitation de son sable et en osant la carte du monopole public, Lebamba a l’opportunité de devenir un modèle d’autonomie financière et de gestion locale des ressources naturelles.
Reste à savoir si la municipalité saura transformer cette crise en un pilier de prospérité durable.
Étienne MAKOUNGOU,
Penseur libre de Lowa






