L’Eglise Evangélique du Gabon est-elle réellement divisée ?
Au-delà des discours de division, renouer avec les valeurs fondamentales du protestantisme.
La situation actuelle de l’Église évangélique du Gabon (EEG) suscite de nombreuses inquiétudes. Un discours revient régulièrement : celui d’une Église divisée. Mais sommes-nous réellement face à une division de l’Église ou plutôt devant une crise de gouvernance, de confiance et de légitimité ?
Il importe de distinguer les désaccords, les contestations et les divergences d’opinions d’une véritable rupture de communion. Demander des explications n’est pas déclarer la guerre à l’Église. Exiger de la transparence n’est pas remettre en cause toute autorité. Et contester une décision ne signifie pas nécessairement rejeter l’institution.
La fin du mandat de l’équipe dirigeante de la Région synodale du Woleu-Ntem, dont le renouvellement devait s’ouvrir sur une nouvelle étape de gouvernance pour la Région synodale du Ntem, a malheureusement débouché sur un blocage marqué par la méfiance et la défiance. Ce qui aurait dû être un processus normal de renouvellement des responsabilités ecclésiales révèle aujourd’hui une profonde crise de confiance.
Ce bilan interpelle d’autant plus que le mandat qui s’achève était placé sous le thème de la foi et des actes. La foi proclamée s’est-elle suffisamment traduite dans les actes, notamment en faveur de l’évangélisation, de l’édification spirituelle et du rayonnement de l’Église ? Les préoccupations financières, les intérêts matériels et les enjeux de pouvoir ont-ils parfois pris une place excessive au détriment de cette mission ? Ces interrogations méritent un examen honnête, au-delà des personnes.
Dans ce contexte, la déclaration qui aurait été faite par le pasteur président au synode de mi-mandat, au CCO d’Oyem — « Je ne laisserai pas l’Église entre les mains de n’importe qui… » — mérite réflexion. Protéger l’Église est une responsabilité légitime. Mais peut-on confondre protection et contrôle de sa gouvernance ? Qui donne l’Église à qui ? De qui l’Église est-elle la propriété ?
L’Église appartient au Christ, et non à un président, à un pasteur ou à un groupe. Ceux qui la dirigent sont des serviteurs et des dépositaires temporaires de responsabilités. Ils sont appelés à servir l’œuvre, non à se l’approprier.
Cette vérité nous ramène aux fondements du protestantisme : la primauté de la Parole, le sacerdoce universel des croyants, la liberté de conscience, l’humilité et la responsabilité. Paul nous interpelle : « Christ est-il divisé ? » (1 Corinthiens 1:13). Quant à Éphésiens 4:2-3, le texte nous invite à vivre dans l’humilité, la douceur, la patience et à préserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix.
Comment prétendre défendre cette unité lorsque les échanges sont parfois marqués par les invectives, les attaques personnelles et les procès d’intention ? Est-ce cela, la foi et les actes ? Est-ce cela, le protestantisme ?
L’unité ne signifie pas l’absence de désaccord. Elle suppose la capacité de s’écouter, de se respecter et de rechercher ensemble la vérité. La communion fraternelle ne se décrète pas : elle se construit dans la justice, la transparence et le respect mutuel.
C’est pourquoi il convient de saluer le travail du Comité des sages et de l’Administration provisoire, dont la démarche vise l’apaisement, le dialogue et la clarification de la situation auprès des fidèles. Leur mission est essentielle pour dépasser les rumeurs et permettre à chacun de disposer d’une information aussi claire, objective et complète que possible. L’apaisement ne peut être durable sans vérité, et la clarification ne peut produire ses effets sans transparence.
Toutefois, la sortie de crise ne saurait se limiter à un simple changement de dirigeants ou à un arrangement entre protagonistes. Elle doit ouvrir la voie à une véritable réforme de la gouvernance : respect des textes, transparence dans la gestion, responsabilité des dirigeants, représentativité et prévention des crises futures. Les ressources et les énergies de l’Église doivent retrouver leur destination première : la mission spirituelle et l’évangélisation.
Dans cette perspective, une troisième voix doit pouvoir se faire entendre. Non pas un troisième camp, mais une posture indépendante et responsable, qui place les principes au-dessus des personnes et l’intérêt de l’Église au-dessus des ambitions individuelles. Une voix qui refuse aussi bien les injustices que les manipulations et les soumissions aveugles.
L’Église évangélique du Gabon possède une histoire, un héritage et une mission qui dépassent les rivalités du moment. Elle ne se relèvera pas simplement parce qu’un nouveau dirigeant aura été désigné. Elle se relèvera lorsque la vérité primera sur les intérêts, les principes sur les personnes et le Christ sur toutes les ambitions.
Cette Église ne nous appartient pas. Nous en sommes les serviteurs et les dépositaires, avec une responsabilité devant Dieu et envers les générations à venir.
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