Bilie-By-Nze détenu : Michel Ongoundou Loundah dénonce « une justice transformée en bras armé du pouvoir »
Une tribune au ton grave sur l’état de la justice gabonaise. Dans une longue tribune politique, l’ancien Sénateur de la Transition, Michel Ongoundou Loundah livre une charge sévère contre la détention de l’ex-Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze, incarcéré depuis le 16 avril 2026 à la prison centrale de Libreville.
L’auteur décrit une situation qu’il considère comme emblématique d’une dérive autoritaire du régime actuel. Dès les premières lignes, il plante le décor : « Lorsqu’un pouvoir commence à utiliser la justice comme instrument de neutralisation politique, ce n’est plus seulement un homme qui est menacé. C’est l’État lui-même qui commence à vaciller. »
Pour Michel Ongoundou Loundah, l’affaire dépasse désormais le cas personnel de l’ancien chef du gouvernement. Selon lui, c’est « une idée supérieure » qui serait en jeu : celle d’une justice indépendante et respectée.
« Le procès d’un homme qui en sait trop »
L’auteur rappelle le parcours politique d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, successivement député, ministre, porte-parole du gouvernement puis Premier ministre jusqu’au coup d’État d’août 2023.
Il insiste particulièrement sur le fait que l’ancien dirigeant connaît intimement les rouages du pouvoir gabonais : « Alain-Claude Bilie-By-Nze connaît les archives du système. Il connaît les circuits réels de décision. »
Selon la tribune, cette proximité passée avec le sommet de l’État expliquerait en partie l’hostilité actuelle du pouvoir à son égard. L’auteur affirme que les régimes politiques « craignent davantage les anciens initiés que les opposants ordinaires ».
Une procédure jugée « suspecte »
L’un des principaux arguments développés concerne le calendrier judiciaire. Les faits reprochés à Alain-Claude Bilie-By-Nze remonteraient à 2008, soit dix-huit ans avant son arrestation. Michel Ongoundou Loundah s’interroge : « Dix-huit années sans plainte effective, sans convocation, sans procédure active, sans urgence judiciaire. »
Il souligne surtout la concomitance entre l’émergence politique de Bilie-By-Nze comme figure de l’opposition et la réactivation du dossier judiciaire : « Ce n’est plus une coïncidence, mais une grossière et pittoresque chronologie politique. »
L’auteur dénonce également la méthode employée lors de l’interpellation, évoquant une « mise en scène sécuritaire » avec des agents encagoulés pour arrêter un ancien Premier ministre « vivant à adresse connue ».
Le spectre du « lawfare »
Au cœur de son analyse, Michel Ongoundou Loundah introduit le concept de « lawfare », qu’il définit comme : « l’utilisation stratégique du droit pour neutraliser un adversaire politique lorsque la confrontation démocratique devient risquée ».
Selon lui, cette pratique serait devenue « la nouvelle arme des pouvoirs fragiles », permettant d’« épuiser » l’opposition à travers des procédures judiciaires plutôt que par le débat démocratique.
L’auteur estime que le cas Bilie-By-Nze correspond précisément à ce schéma :
2008 : faits présumés ;
2008-2023 : absence de procédure ;
2025 : candidature présidentielle ;
2026 : ouverture de l’affaire.
Pour lui, le danger principal réside dans le message envoyé à la société gabonaise : « Quiconque devient politiquement dangereux peut voir ressurgir, des années plus tard, un dossier dormant opportunément réactivé. »
« Le pouvoir fabrique son propre martyr »
La tribune soutient également que le pouvoir serait politiquement perdant, quelle que soit l’issue judiciaire.
Michel Ongoundou Loundah écrit :« S’il maintient Alain-Claude Bilie-By-Nze en détention, il nourrit chaque jour davantage le soupçon d’acharnement politique. S’il le libère, il reconnaît implicitement l’excès. »
L’auteur compare cette situation à d’autres épisodes historiques africains, citant notamment Nelson Mandela et Julius Nyerere. Il rappelle cette phrase attribuée à Nyerere : « On ne tue pas une idée en emprisonnant un homme. »
Une mise en garde contre « l’arbitraire »
Dans la dernière partie de sa tribune, Michel Ongoundou Loundah élargit le débat à la question des libertés publiques et de la crédibilité institutionnelle. Il affirme : « L’arbitraire possède une logique propre : lorsqu’il n’est pas stoppé, il finit toujours par s’étendre. »
Selon lui, le risque serait celui d’une justice progressivement instrumentalisée contre toute voix dissidente : journalistes, syndicalistes, magistrats indépendants ou simples citoyens.
L’auteur conclut par un appel à la vigilance collective : « Le combat qui commence aujourd’hui dépasse les personnes et les partis. C’est le combat éternel entre la force et le droit. » Et de prévenir : « Aucune nation ne construit durablement sa stabilité sur la peur. »
DRB






