Vivons-nous encore dans un pays « normal » ? s’interroge JV Leyama

23 juin 20210
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La question vaut son pesant d’or, tant les décisions et les actes de nos dirigeants défient la logique élémentaire, le bon sens et, surtout, la loi elle-même.

Commençons par la démission forcée du Maire de Libreville. L’ancien conseiller municipal que je suis, grand érudit sur les questions de décentralisation auxquelles j’ai consacré plusieurs articles, se demande ce que la Gouverneure de province vient faire dans cette affaire.

Sans entrer dans l’énumération fastidieuse de la loi sur la décentralisation, l’autorité administrative n’a compétence à convoquer qu’un conseil municipal : le premier conseil du mandat ou conseil électif, celui chargé précisément de la constitution du bureau. Par la suite, la convocation du Conseilonseil ainsi que la fixation de son ordre du jour relèvent de la compétence de son Président, en l’occurrence, le Maire. Les exemples de maires qui démissionnent en cours de mandat sont rares mais ils existent.

Tenez, au cours de la mandature 2014-2019, le Maire de la commune de Ngouoni avait démissionné, préférant regagner l’entreprise dans laquelle il était salarié, où la rémunération et les avantages étaient autrement plus robustes que ceux servis par une petite commune de catégorie B. Que l’on se souvienne, ce conseil municipal n’avait pas fait l’objet d’une convocation expresse par le Préfet. Par conséquent, le rôle de la Gouverneure est assimilable à un abus de pouvoir susceptible d’être attaqué devant le Conseil d’État, si quelques conseillers municipaux en prenaient l’initiative.

À peine a-t-on digéré la destitution du Maire de la Capitale que l’Exécutif, au sommet, lance manu militari, une opération « Libérez les trottoirs ! ». Opération qui relève précisément de la compétence du Maire ! Du reste, comment Léandre Nzue, le prédécesseur de Eugène Mba, avait-il entamé son mandat ? Par une opération « Libérez les trottoirs » ! Mais comme les causes profondes de l’existence de ces marchés anarchiques ne sont pas examinées, encore moins traitées, ces opérations vont demeurer au rang de politique-spectacle. Car, sauf à décréter un état de siège dans l’état de siège visant à réquisitionner l’armée pour surveiller les trottoirs, à beau chasser le naturel, il revient au galop ! Tant qu’à faire, puisque, sous l’Émergence, l’armée est le corps social le plus compétent et le plus intègre, pourquoi ne pas substituer l’incompétent conseil municipal de Libreville par un conseil militaire, la ville sera aussi bien gérée que les hôpitaux militaires !

Enfin, les nouvelles dispositions d’isolement sanitaire des voyageurs aériens à leur débarquement à l’aéroport Libreville achèvent de révéler de manière criarde le niveau abyssal de l’incompétence du Gouvernement. Je passe sur la gestion catastrophique de cette opération, objet des récriminations largement relayées sur les réseaux sociaux, exprimées par des passagers de nationalité gabonaise qui ont pris le courage de s’exprimer. Que dire de la majorité silencieuse des passagers internationaux ?

L’actualité diplomatique de ces dernières semaines a été marquée par les déplacements du ministre des Affaires étrangères dans plusieurs pays étrangers, visant à « renforcer la coopération et à diversifier les partenariats ». Ses deux collègues du Commerce et de la Promotion des investissements sont allés « vendre » l’économie gabonaise en Russie.

Le Ministre du Tourisme, comme dans un exercice à la Coué, vante les mérites de la destination Gabon. Soyons sérieux, excepté des trafiquants de tous genres, vous pensez retenir quel investisseur ou quel touriste avec ces exécrables et humiliantes conditions d’accueil ? Avec l’augmentation des tarifs d’Air France et d’autres compagnies aériennes, consécutive à l’accroissement des taxes aéroportuaires, les conditions de mise en quarantaine des passagers, voyager devient, non plus un plaisir, mais une punition.

Et aussi longtemps que la manne pétrolière continuera de payer les salaires des fonctionnaires et assurer le train de vie de l’État, la diversification de l’économie demeurera au stade des incantations.

Jean Valentin LEYAMA

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