"Le PDG au palais et la rupture en question" Dr Jean-Aimé Mouketou

2 novembre 20260
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Au Gabon comme dans la diaspora, rompre avec l’héritage idéologique du Parti démocratique gabonais ne relève pas d’un simple changement d’étiquette. Il s’agit de libérer la pensée, de restaurer les consciences et de rendre aux générations futures la possibilité d’inventer leur pays. Cette exigence engage notre histoire, nos cultures bantoues et notre responsabilité collective.

Le PDG, considérablement affaibli depuis la chute d’Ali Bongo, cherche pourtant à demeurer dans l’orbite du pouvoir. L’exercice lui est familier : les circonstances changent, l’allégeance reste. Mais que peut apporter à la nation un parti qui prétend retrouver les cercles dirigeants sans avoir sérieusement
examiné son bilan ?

Parlons franchement.

Pour nombre de compatriotes, son rapprochement avec l’Union démocratique des bâtisseurs ressemble moins à une contribution au renouveau qu’à une opération de survie. Peut-on solliciter une nouvelle place à la table du pouvoir sans répondre de l’usage que l’on en a fait pendant plus d’un demi-siècle ?

Le 30 août 2023 demeure, à cet égard, une rupture historique.

Quelques heures après la proclamation de la victoire d’Ali Bongo à l’issue d’un scrutin contesté, le régime s’effondrait. Les organisateurs de cette mécanique électorale découvraient qu’une proclamation ne suffit pas toujours à prolonger un pouvoir. Les costumes étaient encore impeccables ; les certitudes l’étaient beaucoup moins.

Au pays comme dans la diaspora, l’explosion de joie disait davantage que le soulagement de voir partir un président. Elle exprimait le rejet d’un système : la confiscation de l’État, les libertés entravées, les humiliations accumulées et cette impression persistante que le citoyen devait demander la permission
d’exister.

Après les épreuves vécues depuis 2016, beaucoup crurent enfin possible de tourner la page.

Le Dialogue national inclusif de 2024 a donné une traduction politique à cette attente. Ses recommandations visaient notamment la suspension du PDG et de ses alliés de la période 2016-2023 pour trois ans, des enquêtes sur leurs dirigeants, l’inéligibilité de leurs principaux responsables aux élections suivantes et une demande de pardon au peuple gabonais.

Ces recommandations exprimaient une exigence de responsabilité.

Dans les manifestations, elle prenait une forme autrement plus abrupte : « Chassons le PDG jusqu’à l’enfer ! » Derrière la violence du slogan se lisait une mémoire blessée, que les arrangements entre appareils politiques ne suffiront pas à apaiser.

La récente réception à la présidence de la République de la faction conduite par Blaise Louembé a ravivé cette blessure. Ses représentants avaient même ressorti leur fameux « Lacoste PDG ».

Fidélité vestimentaire remarquable : le pays était censé changer d’époque, eux avaient conservé la tenue.

Des vêtements traditionnels auraient pu rendre hommage à la diversité culturelle du Gabon. Ils ont préféré afficher les couleurs d’un appareil dont tant de citoyens espéraient voir disparaître les habitudes. Le problème dépasse évidemment la garde-robe. Il tient à ce que cette visite suggère : le retour aux bonnes adresses pourrait-il dispenser d’un retour sur sa propre histoire ?

Quelle longue épreuve que celle du PDG !

Son héritage ne se résume ni à un sigle ni à quelques anciens dignitaires. Il réside aussi dans une culture de la soumission : le chef placé au-dessus de la contradiction, le parti confondu avec l’État, la fidélité récompensée davantage que la compétence. Lorsque les dogmes prennent la place de la pensée, les institutions s’affaiblissent et les talents cherchent ailleurs l’espace qui leur manque.

Je respecte les anciens cadres et militants qui ont pris leurs distances, rejoint l’opposition ou créé d’autres formations. Chacun doit pouvoir évoluer.

Encore faut-il que le changement d’appartenance s’accompagne d’une rupture avec les pratiques anciennes. On ne renouvelle pas la vie publique en transportant ses vieux réflexes sous une enseigne neuve.

Le Gabon a besoin d’une autre culture politique, d’intellectuels libres et d’institutions au service de la nation. Notre modernisation peut s’appuyer sur nos us et coutumes sans transformer la tradition en prétexte à l’obéissance. Le respect des anciens n’impose pas le silence devant leurs erreurs.

La Ve République gagnerait à méditer cette expérience. La confusion entre l’État et le parti finit toujours par appauvrir l’un et déconsidérer l’autre. Tant que les responsables du PDG refuseront d’examiner leur bilan et de reconnaître les souffrances infligées, les blessures de notre mémoire nationale resteront ouvertes.

Demander pardon serait un premier pas. Cela n’effacerait ni l’histoire ni les responsabilités individuelles. La justice doit pouvoir accomplir son travail, sans privilège et sans vengeance. Face à ce passif, pourquoi ne pas ouvrir un débat national, associant pleinement la diaspora, sur l’avenir politique du PDG ? Un référendum citoyen pourrait-il permettre de trancher cette question, dans le respect des libertés publiques et des règles constitutionnelles ?

La formulation serait sans détour : « Êtes-vous pour ou contre la disparition définitive du PDG de la viepolitique gabonaise ? » Une telle consultation ne remplacerait ni la justice ni l’examen historique. Elle poserait toutefois
publiquement ce que les rapprochements au sommet semblent vouloir laisser de côté : que souhaite le peuple gabonais ?

Aucun pouvoir ne peut indéfiniment se soustraire au jugement de l’histoire. Pour les croyants, il devra aussi répondre devant Dieu. Le livre des Proverbes nous le rappelle : « La justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples. » — Proverbes 14, 34.

Que Dieu bénisse le Gabon, son peuple et ses dirigeants.

Dr Jean-Aimé MOUKETOU
Géographe — Professeur qualifié

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