Le Gabon renoue avec le métier de planificateur de l’éducation

30 septembre 20260
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Après plus de deux décennies sans véritable dispositif national de formation des planificateurs de l’éducation, le Gabon renouvelle aujourd’hui son intérêt pour un métier dont l’importance est directement liée à la capacité de l’État à préparer l’avenir de son école.

L’atelier récemment organisé à l’Institut de Formation aux Métiers de l’Éducation (IFME), autour des référentiels du métier, des compétences, de la formation et de l’évaluation certificative, mérite donc d’être salué comme une étape importante. Dans le contexte actuel de notre pays, cette initiative arrive à un moment où le système éducatif gabonais est appelé à répondre à des besoins nombreux et parfois très différents d’une province, d’un département ou d’une commune à l’autre.

Au Gabon, planifier l’éducation signifie d’abord regarder la réalité du terrain. C’est mesurer l’évolution des effectifs scolaires, identifier les zones où les capacités d’accueil deviennent insuffisantes, anticiper les besoins en enseignants, apprécier l’état des infrastructures et réfléchir à une répartition plus cohérente des ressources. Entre Libreville et les autres centres urbains, entre les zones fortement peuplées et les territoires plus éloignés, les réalités scolaires ne sont pas toujours les mêmes. Une politique éducative efficace doit pouvoir s’appuyer sur cette connaissance fine des territoires.

C’est ici que le planificateur prend tout son sens. Il n’est pas simplement celui qui collecte des chiffres ou produit des tableaux statistiques. Il doit être capable de transformer les données disponibles en informations utiles à la décision.

Combien d’élèves accueillerons-nous demain ? Où faudra-t-il construire ou réhabiliter des établissements ? Quels besoins en enseignants faudra-t-il anticiper ? Comment mieux répartir les ressources entre les territoires ? Quels effets une réforme produira-t-elle sur les infrastructures, les personnels et les dépenses ?

Ces questions sont très concrètes. Elles touchent directement la vie quotidienne des élèves, des enseignants, des parents et des communautés. Une salle de classe qui manque, un enseignant qui arrive tardivement, un établissement surchargé ou une zone insuffisamment desservie ne sont pas uniquement des problèmes administratifs. Ce sont aussi des questions de planification.

Dans ce contexte, le travail engagé à l’IFME autour de quatre référentiels — métier, compétences, formation et évaluation certificative — apparaît particulièrement pertinent. Il permet de poser les bases d’une véritable professionnalisation du planificateur et, surtout, de rapprocher la formation des réalités du système éducatif gabonais.

La mobilisation de la Direction générale des statistiques, de la planification et de la prospective (DGSPP), de l’Inspection générale des services, des universitaires de l’IFME et des différentes personnes ressources constitue également un signal encourageant. La planification de l’éducation ne peut en effet être enfermée dans une seule discipline. Elle doit croiser les statistiques, la pédagogie, la démographie, les finances, les ressources humaines, la prospective et la connaissance des territoires.

Le positionnement accordé à cette spécialité par Madame Camélia Ntoutoume-Leclercq, Ministre d’État, Ministre de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique, vient renforcer cette dynamique. En replaçant la planification parmi les fonctions nécessaires au pilotage du système éducatif, elle rappelle implicitement que l’école gabonaise ne peut être transformée durablement sans disposer d’une capacité nationale à observer, analyser et anticiper.

Il reste cependant un enjeu essentiel : faire en sorte que la formation des futurs attachés en planification débouche sur un véritable exercice professionnel. Il faudra clarifier leur positionnement, valoriser leurs compétences et leur permettre de participer effectivement aux processus de programmation, de suivi et d’évaluation des politiques éducatives.

Il faudra également penser à la transmission. Le Gabon dispose de professionnels qui ont connu différentes étapes de l’évolution de son système éducatif. Leur expérience constitue une mémoire précieuse. La nouvelle génération, quant à elle, arrive avec de nouvelles compétences en matière de données, de numérique, de géomatique, de prospective et d’analyse. Leur rencontre peut permettre de renouveler les pratiques sans perdre ce qui a été patiemment construit.

Au fond, le retour de la formation des planificateurs ne doit pas être considéré comme une simple opération de recrutement ou de formation. Il peut être l’occasion de reconstruire une véritable capacité gabonaise de planification de l’éducation , au service des réalités de nos provinces, de nos établissements et de nos communautés scolaires.

Car au Gabon, planifier l’éducation, ce n’est pas seulement savoir combien d’élèves seront scolarisés demain. C’est aussi savoir où ils seront, dans quelles conditions ils apprendront, avec quels enseignants, dans quelles infrastructures et avec quelles ressources.

C’est pourquoi le retour du planificateur au cœur du système éducatif est, à mes yeux, une bonne nouvelle pour l’avenir de l’école gabonaise. À condition, maintenant, de faire vivre le métier au-delà des référentiels et de donner à ceux qui l’exerceront les moyens de mettre leur expertise au service de la décision publique.

Parce qu’une école qui veut préparer l’avenir doit d’abord apprendre à anticiper.

Eugène-Boris ELIBIYO
Planificateur des systèmes éducatifs.

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