La Nyanga : "riche par ses ressources, pauvre en développement" Joachim Mbatchi Pambou
La convocation, ce jeudi 3 septembre 2026, par le Vice-président du Gouvernement, de l’ensemble des entreprises adjudicataires des chantiers financés par la dotation spéciale accordée à la Nyanga constitue un acte important. Elle traduit la nécessité de regarder de près l’état réel d’exécution des projets annoncés et de demander des comptes à ceux qui ont la responsabilité de les conduire.
Cette décision mérite d’être saluée, tout comme l’engagement de Giovanni Boulingui, jeune natif de la province, dont les dénonciations répétées de l’état des chantiers de la Nyanga ont contribué à maintenir cette question dans le débat public. Sa constance est celle d’une jeunesse nynoise qui refuse désormais de considérer le sous-développement de sa province comme une fatalité. En tant que fils de cette province, je mesure pleinement cette nouvelle exigence. La jeunesse nynoise veut des résultats et est désormais beaucoup plus exigeante. Il faut l’entendre et accepter cette exigence.
Car derrière cette convocation se pose une question beaucoup plus profonde : comment une province dotée d’autant de potentialités peut-elle continuer à connaître un tel déficit de développement ? La Nyanga dispose pourtant d’atouts considérables.
De Tchibanga à Mayumba, de Milingui à Ndindi, elle possède le fer de Milingui, le marbre de Doussièguoussou, la potasse du bassin de la Banio, des ressources pétrolières et minières, de vastes forêts, des ressources halieutiques, des terres agricoles et une façade atlantique. Ses perspectives industrielles et économiques sont considérables.
Pourtant, cette abondance contraste encore avec la faiblesse des infrastructures, les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, le manque d’opportunités économiques, le chômage et l’exode d’une jeunesse qui cherche ailleurs ce qu’elle ne trouve pas suffisamment chez elle. C’est tout le paradoxe de la Nyanga : un potentiel exceptionnel qui ne se traduit pas encore suffisamment en progrès social et économique.
Cette situation interpelle d’autant plus que des moyens importants ont été mobilisés. Dans le cadre de sa tournée républicaine, effectuée dans la Nyanga du 12 au 14 juillet 2024, le Président de la République, Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait accordé une dotation de 7 milliards de FCFA à la province pour soutenir son développement.
Un an plus tard, à l’occasion de la deuxième édition de la Fête nationale de la Libération , organisée dans la province de la Nyanga et dont la cérémonie officielle s’est tenue le 30 août 2025 à Tchibanga, une enveloppe supplémentaire de 10 milliards de FCFA é tait annoncée.
Au total, ce sont donc 17 milliards de FCFA qui ont été destinés à accompagner le développement de la Nyanga. Ces ressources auraient dû se traduire par des routes praticables, des écoles, des structures sanitaires, l’accès à l’eau et à l’électricité, des équipements agricoles et de pêche, mais aussi par des projets créateurs d’activités et d’emplois, notamment pour les jeunes.
Or, des interrogations légitimes demeurent sur l’utilisation et le niveau d’exécution de certains projets. Des voix dénoncent même un dévoiement de la destination initiale de certains financements au profit d’intérêts particuliers. Ces faits doivent être établis par les mécanismes compétents de contrôle. Mais le principe, lui, ne souffre d aucune ambiguïté : les ressources consacrées au développement ne peuvent devenir l’instrument de consolidation de quelques intérêts politiques ou personnels.
Il faut donc aller jusqu’au bout de la démarche engagée par le Gouvernement : identifier chaque chantier, connaître son coût, mesurer son taux d’exécution, vérifier les délais, retracer les financements et établir clairement les responsabilités. Lorsque des manquements, des négligences graves, des détournements ou des pratiques contraires à la loi seront établis, des sanctions doivent être prononcées à la hauteur de la gravité des faits.
Mais au-delà du contrôle des chantiers, l’enjeu est de construire une véritable dynamique de développement pour la province. Le fer de Milingui, le marbre de Doussièguoussou, la potasse de Ndindi, le pétrole de Mayumba et les autres ressources de la province ne doivent pas seulement être extraits pour être transformés ailleurs. Ils doivent contribuer à créer de la valeur, des emplois, des entreprises et des compétences localement.
Tchibanga, déjà capitale provinciale, doit renforcer son rôle de pôle administratif, commercial et économique. Mayumba, Ndindi, Milingui, Doussièguoussou et les autres bassins de développement doivent être intégrés dans une véritable stratégie d’aménagement du territoire, fondée sur la transformation locale des matières premières et l’implication des populations.
C’est dans cet esprit en tant qu’homme politique de cette province que je défend une conception de l’action publique fondée sur la responsabilité, la transparence et la participation des citoyens. Le développement d’un territoire ne peut être durable lorsque les populations concernées restent éloignées des décisions qui engagent leur avenir.
Car une nouvelle génération de Nynois a compris que le développement ne se décrète pas seulement depuis Libreville et ne peut être confisqué par quelques élites. Elle veut participer à la réflexion, à la conception et au suivi des projets qui engagent l’avenir de sa province. Il faut entendre cette aspiration.
Elle n’est ni une contestation systématique, ni un rejet de l’autorité : elle est l’expression d’une citoyenneté plus exigeante. Écouter la jeunesse nynoise, c’est écouter l’avenir de la Nyanga. La province ne doit plus être un simple territoire d’extraction. Elle doit devenir un espace de production, de transformation, d’emploi et d’opportunités, où ses enfants peuvent construire leur avenir sans être contraints de partir.
La Nyanga ne demande pas l’impossible. Elle demande simplement que ses ressources deviennent enfin un véritable levier de prospérité pour les Nynois.
Joachim MBATCHI PAMBOU
Président du Forum pour la Défense de la République (FDR), candidat à l’élection présidentielle d’août 2023






