L’oisiveté, mère de tous les vices, Un héritage colonial qui déstabilise le Gabon « L’oisiveté est mère de tous les vices »

18 juin 20260
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Cette sentence, popularisée au 19e siècle en France, résonne encore aujourd’hui. Elle prenait tout son sens dans le message adressé récemment à la nation gabonaise devant les deux chambres du parlement : soyons patients, mettons la main à la pâte.

Un appel clair. La patience n’est pas l’attente passive. Mettre la main à la pâte, c’est refuser l’oisiveté et choisir le travail. Or, force est de constater que le colonisateur a bien implémenté le modèle inverse au Gabon : un système qui entretient l’oisiveté, et qui devient aujourd’hui un facteur déstabilisant majeur.

Le 19e siècle français : l’oisiveté comme vice à éradiquer

En France, au 19e siècle, l’oisiveté faisait peur aux élites. Après la Révolution et les crises sociales, l’ordre devait passer par le travail. Les penseurs, les instituteurs, les curés répétaient : un homme qui ne travaille pas devient joueur, buveur, voleur, révolutionnaire. L’oisiveté était vue comme la porte d’entrée de tous les vices individuels.

L’État répondit par l’école obligatoire, l’apprentissage, la mise au travail. L’objectif était clair : occuper les corps et les esprits pour éviter le désordre. C’était un projet productiviste, certes autoritaire, mais qui visait à intégrer chacun dans la machine économique nationale.

Le modèle colonial au Gabon : l’oisiveté comme outil de domination

Quand ce modèle débarque au Gabon, le colonisateur en fait un usage inversé. Il ne s’agit plus d’éradiquer l’oisiveté, mais de l’organiser pour mieux régner.

Comment ? En déstructurant l’économie productive locale. Les cultures vivrières, la pêche, l’artisanat, les savoir-faire forestiers qui occupaient les communautés sont marginalisés. Le colonisateur impose l’économie de traite : bois, puis plus tard pétrole, manganèse. Des secteurs d’extraction à haute rente, à faible main d’œuvre locale qualifiée, et à forte concentration des revenus.

Conséquence : la majorité des Gabonais se retrouve exclue du circuit productif. Les villes se remplissent de jeunes sans terre, sans formation technique, sans accès au capital. On leur enseigne à l’école le précepte "l’oisiveté est un vice", mais on ne leur donne ni terre, ni outils, ni financement pour travailler.

C’est là que le vice s’installe : pas paresse naturelle, mais par oisiveté forcée. L’oisiveté devient le terreau du désordre social. Le cabaret remplace l’atelier. L’attente d’une aide, d’un poste, d’une rente remplace l’initiative. Le tribalisme, la violence, la fraude deviennent des moyens de survie quand le travail productif est inaccessible.

Le colonisateur n’a pas voulu des Gabonais travailleurs. Il a voulu des Gabonais disponibles : main d’œuvre bon marché pour le bois, consommateurs pour les produits importés, et rentiers potentiels pour maintenir la dépendance.

Aujourd’hui : une oisiveté devenue facteur déstabilisant

Plus de 60 ans après l’indépendance, le modèle perdure. Le Gabon reste un pays riche mais où l’oisiveté de masse est un problème d’État.

Sur le plan économique : Des milliers de jeunes diplômés sans emploi. Des terres agricoles fertiles mais peu exploitées. Une économie dépendante des cours du pétrole. Quand il n’y a pas de travail structurant, l’économie informelle, la contrebande et la prédation prennent la place.

Sur le plan social : L’oisiveté nourrit le découragement, la drogue, la violence urbaine. Elle fragilise la famille car l’homme sans travail perd son rôle. Elle crée une génération qui a appris que l’avenir ne se construit pas, il s’attend.

Sur le plan politique  : L’oisiveté organisée est le meilleur outil de manipulation. Une jeunesse sans occupation est une jeunesse qui se vend au plus offrant, qui suit le bruit, qui accepte l’instabilité. Le colonisateur l’avait compris au 19e siècle. Certains continuent d’en jouer.

Le plus grave  : nous avons intériorisé le vice. Nous avons fait de l’oisiveté une norme. Attendre l’État, attendre un concours, attendre une aide. Nous avons oublié que le précepte du 19e siècle français contenait une vérité universelle : un peuple qui ne produit pas devient un peuple qui se détruit.

Inverser le modèle : du vice à la vertu

Si l’oisiveté est mère de tous les vices, alors le travail est père de toutes les vertus. Mais pas n’importe quel travail. Un travail structuré, productif, ancré dans nos réalités.

Pour le Gabon, cela veut dire 3 urgences  :

Désapprendre l’oisiveté imposée : Remettre la terre, la forêt, la mer au centre. Relancer l’agriculture, l’élevage, la transformation locale. Pas pour faire joli, mais pour occuper. Car un jeune qui sème, qui élève, qui transforme n’a plus le temps des vices.

Réhabiliter la valeur du travail manuel et technique : Le 19e siècle français a fait de l’ouvrier et du paysan des piliers de la nation. Le Gabon doit faire de son technicien agricole, de son menuisier, de son pêcheur transformateur des figures de fierté. L’école doit arrêter de former uniquement des demandeurs d’emploi et former des créateurs de richesse.

Casser la logique de rente : Tant que la rente pétrolière distribuera sans produire, elle entretiendra l’oisiveté. Il faut basculer vers une économie où l’aide vient après l’effort, où le financement suit le projet, où la reconnaissance suit le mérite.

En conclusion : Rendre au précepte son sens originel

Le colonisateur a détourné "l’oisiveté est mère de tous les vices". Il l’a transformée en outil de déstabilisation en créant les conditions de l’oisiveté. Aujourd’hui, il nous revient de rendre au précepte son sens premier.

Ce n’est pas en moralisant les jeunes qu’on les sortira de l’oisiveté. C’est en leur donnant du travail, de la terre, des outils, et la dignité qui va avec. Un Gabonais qui travaille ne rêve pas de déstabiliser son pays. Il rêve de le construire.

Le vice n’est pas dans le Gabonais. Le vice est dans le système qui l’empêche de travailler. Il est temps de décoloniser nos mains, pour que le Gabon redevienne une terre de producteurs, et non une terre d’oisifs.

C’est en substance ce que je retiens du message adressé à la nation gabonaise devant les deux chambres du parlement : « soyons patients, mettons la main à la pâte ». La patience du bâtisseur, pas celle du spectateur. Mettre la main à la pâte, c’est refuser l’héritage colonial de l’oisiveté organisée et choisir le travail productif. C’est là que commence la vraie indépendance.

Parce qu’un pays qui refuse l’oisiveté refuse sa propre destruction.

Hervé OMVA

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