Jeunesse gabonaise : entre promesses, précarité et quête d’opportunités

12 août 20260
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À l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, célébrée ce 12 août 2026, une question mérite d’être posée : quelle place réelle les pouvoirs publics accordent-ils à la jeunesse gabonaise ?

Cette journée semble être passée presque inaperçue au Gabon. Pourtant, elle devrait être l’occasion, pour les autorités, de regarder en face, les difficultés auxquelles sont confrontés des milliers de jeunes et d’interroger l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre pour répondre à leurs attentes.

Dans le projet de développement porté par le président de la République, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, la jeunesse est présentée comme un acteur majeur du changement. La lutte contre le chômage, le soutien à l’entrepreneuriat, la formation professionnelle et la digitalisation figurent parmi les priorités affichées.

Mais entre les annonces et la réalité quotidienne, le fossé demeure important.
Au Gabon, le chômage des jeunes reste particulièrement préoccupant. Selon les données évoquées dans différents rapports consacrés à l’emploi et au développement humain, le taux de chômage des 15-24 ans se situerait autour de 34 % à 34,5 %. Derrière ces chiffres, il y a des milliers de jeunes diplômés sans emploi, des porteurs de projets sans financement et des entrepreneurs qui peinent à maintenir leurs activités.

Je me permets ici de prendre mon propre exemple, non pour me mettre en avant ni parce que ma situation constituerait un cas particulier, mais simplement parce que c’est celle que je connais le mieux et que je vis au quotidien.

Je dirige une entreprise de presse indépendante qui existe depuis un an. Pourtant, depuis sa création, elle ne bénéficie pratiquement d’aucun accès au marché publicitaire institutionnel. Aujourd’hui, il me faut plus de 500 000 FCFA pour régulariser la situation de mon entreprise.

Mon cas n’est certainement pas isolé. Il permet simplement d’illustrer une difficulté à laquelle peuvent être confrontés de nombreux jeunes entrepreneurs : créer une activité est une chose ; disposer d’un environnement permettant à cette activité de survivre et de se développer en est une autre.

La question est donc simple : comment demander aux jeunes d’entreprendre, de créer des emplois et de contribuer au développement du pays si les conditions minimales permettant à leurs entreprises de survivre ne sont pas réunies ?

Une jeunesse appelée à participer… mais dans quelles conditions ?

Les jeunes sont régulièrement invités à participer aux politiques publiques et aux programmes de développement. C’est une bonne chose. Mais cette participation doit-elle être conditionnée par l’appartenance politique ?

Faut-il rejoindre le parti au pouvoir pour espérer accéder à certaines opportunités ? Faut-il afficher son soutien aux autorités pour être considéré comme un jeune « méritant » ou susceptible de bénéficier d’un accompagnement ?

Ces interrogations méritent d’être posées sans détour

La jeunesse gabonaise appartient à toute la nation. Elle ne devrait pas être divisée entre ceux qui soutiennent le pouvoir et ceux qui ne le soutiennent pas. Les opportunités publiques devraient être accessibles sur la base du mérite, des compétences, de la pertinence des projets et de l’intérêt général.

L’engagement politique ne devrait jamais devenir le prix à payer pour avoir une chance de réussir.

Éducation : un défi qui se profile

La rentrée académique 2026-2027 pourrait également constituer un véritable test pour notre système d’enseignement supérieur. L’arrivée de nouveaux bacheliers, combinée au retour annoncé d’une partie des étudiants gabonais actuellement en France, risque d’accroître considérablement la pression sur les universités et les infrastructures existantes. Où seront accueillis ces étudiants ? Dans quelles conditions étudieront-ils

Auront-ils accès à des logements, à des amphithéâtres adaptés, à des enseignants en nombre suffisant et à des formations correspondant aux besoins du marché de l’emploi ?

La jeunesse ne peut pas être invitée à croire en son avenir si les conditions de sa formation restent incertaines.

Stupéfiants : le silence n’est plus une option

Dans plusieurs quartiers sous-intégrés, la consommation et la vente de stupéfiants prennent de l’ampleur.

Derrière ce phénomène se trouve aussi une jeunesse en perte de repères, confrontée au chômage, à la précarité, au décrochage scolaire et, parfois, à l’absence totale de perspectives.

La réponse ne peut pas être uniquement sécuritaire

Il faut également créer des espaces sportifs et culturels, renforcer l’accompagnement psychologique et social, développer la formation professionnelle et offrir aux jeunes des alternatives crédibles à la rue et aux réseaux de trafic.

Et le ministère de la Jeunesse ?

À l’occasion de cette Journée internationale de la jeunesse, une question mérite enfin d’être posée : quelles actions concrètes le ministère de la Jeunesse et des Sports mène-t-il pour répondre aux difficultés quotidiennes des jeunes Gabonais ?

Les cérémonies et les discours institutionnels ont leur place, mais ils ne suffisent pas.

Les jeunes veulent des résultats. Ils veulent travailler, entreprendre, se former, créer, participer à la vie de la nation et vivre dignement de leur activité.

Selon les Nations unies, les jeunes, partout dans le monde, aspirent à la dignité, aux opportunités, à une participation significative, à un travail décent, à une éducation de qualité et à un avenir durable.

Les jeunes Gabonais ne demandent rien de différent

Alors, en cette Journée internationale de la jeunesse, adressons un message simple à nos dirigeants : écouter la jeunesse ne suffit plus. Il faut lui donner les moyens d’agir.

Car investir dans la jeunesse, ce n’est pas seulement organiser une journée en son honneur.

C’est lui donner les moyens de construire le Gabon de demain.

Denise Rachelle BILLOGUE
Journaliste, femme engagée

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